‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 229 sur 303 · CONVERSATION DE SAN SEVERINO AVEC PITT · texte numérisé non relu

CONVERSATION DE SAN SEVERINO AVEC PITT

récit que fait Pitt de la conversation (1) ne diffère guère de celui de son interlocuteur. Il qualifie les ouvertures de San Severino « d'extrèmement délicates pour le fond et encore plus embarrassantes par leur caractère mal défini, tenant à moitié de la communication officielle et d’un entretien privé. » Quand Bristol soumit (2) le contenu de la lettre de son chef à Wall, ce dernier chercha à atténuer la gravité de la démarche faite à Londres : Le roi de Naples ne s'élait pas présenté cn médiateur, ne sachant pas si en assumant ce rôle, il entrcrait dans les vues du roi George, il avait voulu seulement l’informer que, le cas échéant et sur la demande des parties, il ne se refuserait pas : essayer de réconcilier les belligérants.

En fait, le roi “atholique s'était avancé beaucoup plus que ne le croyüit son ministre des affaires étrangères. Déjà, sans être fixé sur le résultat des entrevues de Londres, il avait proposé son concours à son cousin Louis XV et celui-ci l'avait accepté dans les termes suivants (3) : « Le Roi mon maitre ne demande pas que V. M. se déclare pour la France, mais il saisit avec empressement la médiation que V. M. lui a offerte. surtout si V. M., après avoir employé inutilement le langage de la douceur et de l'amitié, qu’Elle parait préférer dans ce moment, fait signifier à la France et à l'Angleterre qu'elle se charge de la médiation; qu'Elle entend que cette médiation soit armée, et que vu le préjudice que le commerce de l'Espagne et les possessions espagnoles peuvent souffrir de la continuation de la guerre entre ces deux couronnes, et considérant aussi combien il est essentiel à l'Espagne que l'équilibre des possessions en Amérique établi par le traité d'Utrecht ne soit point altéré, S. M. se verra obligée de se déclarer contre la par-

(1) Pitt à Bristol, 14 septembre 1759. Record Office. (2) Bristol à Pitt, 1°" octobre 1759. Record Office. (3) Mémoire délivré au roi d'Espagne par Ossun, 21 sept. 1759. Affaires Étrangères. Naples.

tie belligérante qui refuserait de souscrire aux propositions raisonnables qu'elle aura suggérées pour le rétablissement de la paix. » Suivent les conditions qui constituaient l'ultimatum de la France. Remise de la délimitation des territoires de l’Acadie et de l'Ohio à l'arbitrage du roi d’Espagne. Restitution de l'ile de Minorque en échange du droit de rétablir les fortifications de Dunkerque... Démolition de Louisbourg et engagement de ne pas réédifier de forteresse dans le même endroit. Évacuation des villes et contrées occupées en Allemagne par les Français. Dislocation des armées confédérées et interdiction de les employer contre les alliés de la France. Liberté pour les deux puissances d'accorder des subsides en argent à l'Impératrice-Reine et au roi de Prusse. Abandon de toute réclamation relative aux navires marchands confisqués avant la déclaration de guerre. Restitution de toutes les conquêtes faites sur la France par les Anglais en Amérique ou ailleurs. Le mémoire qui contenait ces bases de pacification fut remis au roi d'Espagne le 21 septembre, et six jours après, Ossun annonçait (1) à Choiseul que Tannucei avait écrit à Londres « pour offrir formellement la médiation du Roi son maitre, et il le fait dans les termes de l'amitié, mais en faisant sentir en mème temps que le roi d'Espagne se flatte de ne pas éprouver un refus. »

Ce fut seulement deux mois après, qu'Ossun püt transmettre (2) à Choiseul le résultat de cette nouvelle démarche. S'il faut croire le récit que Don Carlos fit à l'ambassadeur, voici ce qui s'était passé : Pitt « avait témoigné avec assez de hauteur, qu'il n’était pas temps ae songer à la paix, que les grands succès de l'Angleterre exigeaient du roi britannique qu'il s’occupât uniquement du

(1) Ossun à Choiseul, 27 sept. 1759. Affaires Étrangères. Naples. (2) Ossun à Choiseul. Saragosse, 24 novemire 1759. Affaires Étrangères, Espagne,

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