NOUVEL ENTRETIEN DE SAN SEVERINO AVEC PITT
soin de les conserver, et même de les augmenter, » En réponse, San Severino, tout en affirmant que la proposition de son maitre « avait eu pour principal objet de convaincre S. M. Britannique que son amitié pour Elle n'était ni moins solide, ni moins sincère que celle qu'il avait pour le Roi son cousin, » ajouta « que S. M. Catholique ne pouvait pas voir avec indifférence les progrès considérables des Anglais en Amérique, ni souffrir tranquillement que l'équilibre des possessions établi par le traité d'Utrecht dans ce continent fût altéré ou renversé. » Pitt parut « frappé de cette déclaration, et après avoir resté un instant avec un air décontenancé, il avait dit que l'intention de l'Angleterre n'était pas de garder toutes les conquêtes qu'elle avait faites, et qu'il s'en fallait bien que le Roi son maitre fût éloigné de conclure une paix solide et raisonnable, que S. M. Britannique mettrait incessamment Milord Bristol en état de conférer sur cette matière avec les ministres de S. M. Catholique, et même de donner de grandes facilités pour parvenir à une conciliation avec la France. » Aïnsi qu'on le voit, tout en restant parfaitement courtoise, l’attitude du cabinet de Saint-James avait [changé depuis la première entrevue avec l'envoyé napolitain. Dans l'inter. valle, on avait recu à Londres l'avis de la capitulation de Québec, et on escompait l'occupation prochaine de tout le Canada. Choiseul lui aussi comprenait bien la portée de ces événements quand il esquissait la situation à Ossun (1). « Voilà donc, Monsieur, la perte du Canada constatée, et nous avons des craintes bien fondées qu’elle ne soit bientôt suivie de celle de la Louisiane et de la Martinique. » Ce n'était pas tout; des Indes, on venait d'apprendre l'échec de Lally devant Madras; en Afrique, les établissements du Sénégal étaient tombés entre les mains des Anglais.
Heureusement, au fur et à mesure des malheurs qui
(1) Choiseui à Ossun, 22 octobre 1759. Affaires Étrangères. Espagne.
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s’'appesantissaient sur la France, plus le ton du roi Carlos se montrait sympathique et s'affirmait énergique. Le nouveau souverain, qu'une escadre espagnole était allée chercher à Naples, avait débarqué à Barcelone et s'acheminait lentement vers la capitale; dans ce voyage, il avait été accompagné'par Ossun, désigné comme « persona grata » pour remplacer à Madrid le marquis d'Aubeterre. En cours de route, il y eut de nombreux entretiens entre le Roi et l'ambassadeur ; à propos de la prise de Québec, Carlos déclara (1) que cette nouvelle « lui avait glacé le sang ; convaincu que si la France succombait vis-à-vis de l'Angleterre, l'Espagne aurait bientôt son tour... il était très disposé à venir à notre secours le plus promptement et le plus efficacement qu'il lui serait possible; » mais il lui fallait le temps d'agir, de se rendre compte du budget du royaume, de rétablir son armée et sa flotte, de restaurer les fortifications coloniales. Quelques jours après, le Roi fait part à Ossun (2) des instructions expédiées à Abreu. « Si les Anglais ne veulent pas se prêter à un accommodement raisonnable vis-à-vis de la F:ince, il prendra son parti. » Déjà, il s'occupe de mettre 1x marine sur un pied respectable et a donné ordre d’armer «0 vaisseaux de guerre pour le printemps.
Le cortège royal était arrêté par la pluie et la neige à Torija, quand arriva un rapport de Wall (3) relatant la communication que Bristol, conformément à la promesse de Pitt, venait de luiffaire. L'envoyé anglais avait été chargé d'informer S. M. Catholique que les difficultés inhérentes à une médiation « lorsqu'il y a des alliés », avaient décidé
(1) Ossun à Choiseul, Saragosse, 6 novembre 1759. Affaires Etrangères Espagne.
(2) Ossun à Choïseul, Saragosse, 14 novembre 1759. Affaires Etrangères. Espagne.
(3) Ossun à Choiseul, Torija, 7 décembre 1759. Affaires Etrangères, Espagne.
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