‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 270 sur 303 · ENTRETIEN D'OSSUN AVEC WALL ET AVEC CARLOS · texte numérisé non relu

ENTRETIEN D'OSSUN AVEC WALL ET AVEC CARLOS

même avis, quoique plein de sympathie pour la cause française. « Nos intérêts sont intimement liés ; les Anglais me croient partial; ils ont raison dans le fond, mais ils ont tort dans la forme, puisque je ne leur ai pas encore donné sujet de le présumer. » Ossun défendit le passage incriminé du texte de Choiïseul et finit par déterminer le Roi à s’en rapporter à la décision de son cousin Louis XV. Vers la fin de l'audience, la reine qui était, ne l’oublions pas, princesse de Saxe et sœur de la dauphine, entra chez le Roi et se mêla à la conversation. On parla de presser le départ de Fuentes, désigné pour remplacer Abreu à Londres, et de le charger d'obtenir de la cour de Saint-James une réponse catégorique sur l’article de la médiation. Puis on en vint aux procédés de la marine anglaise et aux plaintes de l'Espagne; Carlos tint un propos suggestif : « Les anciens griefs qui ont eu lieu sous le règne du roi mon frère peuvent se tolérer et se dissimuler, mais il n’en est pas de même de ceux qui se passeront sous mon règne. » Wall, qui avait déjà écrit à Paris (1) pour demander qu’il ne fût pas fait mention de l'intervention de sa cour, fut obligé d'ajouter au courrier un second billet contenant les instructions rectifiées.

Comme on aurait pu le deviner, Choiseul, dont la tactique consistait à compromettre le plus possible la monarchie espagnole, profita de la latitude qu'on lui laissait pour faire maintenir par le Conseil du Roi (2) le paragraphe critiqué, sous prétexte que les cours alliées en avaient déjà connaissance, et que sa disparition ferait le plus mauvais effet. Le gouvernement français avait également consulté Sa Majesté Catholique sur la suite à donner aux ouvertures de Yorke et sur la manière de conduire l'affaire. Sur ce point, le Roi et Wall (3) furent d'accord pour en-

(1) Wall à Massones, 3 et b mars 1760 (Copies). Affaires Étrangères. (2) Choiseul à Ossun, 19 mars 1760. Affaires Etrangères. (3) Ossun à Choiïseul, 21 mars 1760. Affaires Etrangères.

courager Choiseul à continuer des essais de rapprochement dont ils ne seraient aucunement jaloux. Wall, qui venait de recevoir communication des conditions préliminaires de la paix maritime rédigées à Paris et revisées comme on l'a vu à Vienne, s'offrit même à les faire remettre à Pitt par l'intermédiaire du Napolitain San Severino décidément mieux en cour que son collègue Abreu, mais le roi Carlos estima que « les procédés de l'Angleterre étaient trop désobligeants » pour autoriser pareille démarche, Fermons cette parenthèse nécessaire et revenons à nos négociateurs de La Haye. Peu de jours après l’entrevue sur la route de Ryswick, il en parut un nouveau sous la forme inattendue de l’aventurier Saint-Germain. Ce personnage avait débarqué à La Haye où il avait recu le meilleur accueil ; il rendit visite à Yorke et eut avec ce diplomate un long entretien (1) dont le résultat fut d'embrouiller des pourparlers déjà fort délicats. Saint-Germain débuta nar des généralités sur le désir de la paix qui se manifestait en France, sur ses sympathies pour l'Angleterre et la Prusse et son espoir de contribuer à l’entente avec ces puissances, puis il produisit en guise de pouvoirs deux lettres de Belleisle du mois de février et un passeport en blanc que le maréchal lui avait expédié. Interrogé sur le but de la mission que semblaient indiquer ces pièces, Saint-Germain décrivit ce qui était, d’après lui, l’état des esprits : « Le Roï, le dauphin, M" de Pompadour, toute la cour et la nation, à l'exception du duc de Choiseul et de M. Berryer, étaient en faveur de la paix avec l’Angleterre. Ils ne peuvent pas faire autrement, car la situation intérieure l'exige; ils désirent connaître les sentiments réels de l'Angleterre avec laquelle ils seraient heureux de se réconcilier dans des conditions qui sauvegarderaient l'honneur. M. d’Affry n’est pas dans le secret et le duc de Choiseul est si autrichien qu'il ne raconte pas tous les avis

(1) Yorke à Holdernesse, 14 mars 1760. Record Office.

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