‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 271 sur 303 · SAINT-GERMAIN SE MËLE A LA NÉGOCIATION DE LA HAYE · texte numérisé non relu

SAINT-GERMAIN SE MËLE A LA NÉGOCIATION DE LA HAYE

qu’il recoit; mais cela n'a pas d'importance, car il sera disgracié, M" de Pompadour n’est pas autrichienne, mais n’est pas encore sûre... elle le deviendra si la paix est assurée. C’est elle et le maréchal Belleisle qui avec la connaissance du roi de France ont envoyé lui, Saint-Germain, en enfant perdu. On n'a aucune confiance dans l’Fspagne. » Yorke laissa causer son v'siteur et se contenta de lui confirmer les intentions pacifiques du roi George et sa résolution ferme de ne pas se séparer de la Prusse, Dans le feu de la conversation, Saint-Germain, à une question de son interlocuteur sur les pertes coloniales qui étaient |; les plus sensibles à la France, fit des réponses singu- | lières. « Était-ce le Canada? Non, ce pays leur avait coûté 36 millions sans rien rapporter. La Guadeloupe? Jamais on ne renoncerait à la paix pour cette ile; on avait bien assez de sucre sans elle. Les Indes orientales? Voilà le point sensible, car cette possession était liée à toute leur finance. Que dites-vous de Dunkerque? On ne ferait aucune difficulté d’en détruire les fortifications; je pouvais compter là-dessus. » Saint-Germain à son tour voulut interroger sur Minorque, et Yorke, en diplomate avisé, de lui répliquer : « Nous l’avons oubliée ou tout au moins personne n'en parle. » « je le leur ai dit bien des fois, s'écrie Saint-Germain, ils sont embarrassés de la dépense PA) de l'ile. » |! }!

Tout en faisant des réserves sur le caractère du messager, Yorke crut à l'authenticité du message. Lui et le : fi cabinet anglais, sur son rapport, attachèrent une impor- f ! tance exagérée aux appréciations de Saint-Germain sur 4! le compte de Choiseul, qu'on se figura (1) comme inféodé à la cour de Vienne et hostile à toute idée de paix. Influencés par cette conviction, les ministres anglais et Fré- " ME

(1) Newcastle à Yorke, 25 mars 1760. Yorke à Holderne:3e, 28 mars 1760. Newcastle Papers, 32904.

dérie lui-même prirent au sérieux le plénipotentiaire amateur et voulurent lui réserver un rôle dans la suite des pourparlers. Choiseul, mis au courantdesintriguesde Saint- Germain par une lettre que ce dernier a vait adressée à M" de Pompadour, se montra à bon droit furieux de l'incursion faite si mal à propos sur son domaine : « C'est un aventurier du premier ordre, écrit-il à Affry (1), qui, de plus, par ce que j'en ai vu, est fort bête... Vous avez ordre de le prévenir que si j'apprends que de près ou de loin, en petit ou en grand, il s'avise de se mêler de politique, je l'assure que j'obtiendrai l'ordre du Roi pour qu’à sa rentrée en France il soit mis le reste de ses jours dans un cul de basse-fosse, » Une demande d'extradition qui intervint trois semaines plus tard fit disparaitre le négociateur improvisé et mit fin à la mission qu'il s’était attribuée. Saint-Germain fut obligé de quitter la Hollande et de se réfugier en Angleterre, puis en Allemagne.

Nous avons relaté plus haut les conférences qu'Affry avait eues au commencement de mars avec Hellen et Yorke; elles furent suivies d’un rendez-vous qu'Affry donna à celui-ci (2), cette fois dans le bois de La Haye. Il lui fit part des dernières instructions venues de Paris : Choiseul avait reconnu qu'il était impossible d'exclure du traité de paix le roi George en sa capacité d'Électeur, et ses alliés le duc de Brunswick et le landgrave de Hesse Cassel. Quant au roi de Prusse, le cabinet de Versailles serait très heureux, une fois l'arrangement avec l'Angleterre conclu, de travailler à un accord entre ce prince et l'Impératrice, mais n'étant pas en guerre avec lui, il n’était guère possible de le comprendre dans le traité spécial avec l'Angleterre. Yorke répéta au Français ce qu’il lui avait déjà dit, que l’Angle-

(1) Choiseul à Affry, 19 mars 1760. Affaires Étrangères, Hollande, (2) Yorke à Holdernesse, 21 mars 1760. Record Office, Hollande.

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