‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 288 sur 303 · CHOISEUL SUR LES ENGAGEMENTS DE L'ALLIANCE · texte numérisé non relu

CHOISEUL SUR LES ENGAGEMENTS DE L'ALLIANCE

remplie, car nous n'avons pas entendu que chaque fois que le Roi voudraitenvoyer un courrier à La Haye, il fallût demander une nouvelle permission à la cour de Vienne, » Choiseul se rend compte de la faiblesse de son argumenlation, car il ajoute : « Cependant... pour remplir ce qu'il doit au procédé et à la confiance, » le Roi vous autorise à informer M. de Kaunitz que « si la négociation de La Haye se suit, il fera instruire exactement l'Impératrice de ses différents détails, » L'ambassadeur peut d'ailleurs répéter les propos que lui, Choiseul, a tenus à Starhemberg et à Galitzin (1). « Si malheureusement le Roi était dans le cas de faire sa paix, même la générale, et que l'impossibilité le forcât à ne plus secourir les efforts de ses alliés, Sa Majesté, sans user d'aucun détour, le leur déclarerait très franchement. »

Que l'attitude de la cour de Versailles fût aussi correcte que le langage de Choiseul voudrait nous le faire croire, nous l’admettrons difficilement; mais nous ne pouvons refuser nos sympathies à l'homme d’État qui s’efforçait de tirer son maitre et son pays du mauvais pas où des engagements si légèrement contractés les avaient conduits. Continuer la guerre maritime contre l'Angleterre, alors qu'on se savait et qu'on s'avouait vaincu et incapable de reprendre une revanche immédiate, c'était se résigner à la perte de ce qui restait des colonies, c'était activer la ruine commerciale du royaume. Et en compensation de tels sacrifices, quels résultats devait-on espérer? L'abaissement du roi de Prusse, c'est-à-dire la rupture au profit de l'Autriche de la balance des pouvoirs en Allemagne. À un pareil métier de dupes le moment n'était-il pas venu de mettre fin? La parole d'un souverain avait-elle assez de poids pour prévaloir contre l'intérêt de toute la nation? Ces questions durent surgir à maintes reprises dans le cer-

(1) Successeur de Bestuschew à l'ambassade russe.

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veau de Choiseul et nous ne saurions le blâmer d’avoir cherché à les résoudre dans le sens que lui indiquait son patriotisme.

Mais quel que püût être son chagrin de voir échouer une négociation qu'il avait travaillé de son mieux à faire réussir, le ministre de Louis XV n'était pas homme à perdre son temps en inutiles regrets. Aussitôt persuadé que de l'Angleterre il n’y avait rien à espérer, il se retourna vers la planche de salut qu'il croyait rencontrer dans la médiation ou éventuellement dans l’alliaace espagnole. D'infortune, les affaires ne prenaient pas de ce côté la tournure décidée qu’il eût souhaitée. Dans une letire particulière au comte de Choiseul (1), nous relevons à la fois le rapport d'un entretien avec Fuentès, le nouvel ambassadeur dtsigné pour la cour de Londres qui était venu prendre langue à Versailles, et l'exposé des vues du ministre. Le diplomate espagnol s'était étendu sur « les dispositions inébranlables du roi d'Espagne de nous procurer la paix; mais quand je lui demande, ajoute Choiseul, par quel moyen Sa Majesté Catholique parviendra à ce but, il me répond des phrases ainsi que M. d'Ossun m'en mande, et nous nous trouvons sans succès abandonnés, pour toute nourriture politique et pour toute ressource, aux compliments sans effet de l'Espagne. Il ne me soucie point du tout que cette puissance entre en guerre, mais en même temps je désire fort que ses préparatifs et ses discours soient assez imposants pour nous procurer la paix... de sorte, mon cher cousin, que je vais continuer avec plus de forces que jamais à me servir de l'Espagne. »

En attendant le développement de ce programme, qui aboutira au pacte de famille, il fallut se résigner à recommencer les hostilités dont l'ouverture avait été retardée

(1) Duc de Choiseul au Comte. Particulière, 10 mai 1760. Affaires Étrangères.

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