‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 36 sur 303 · DÉSOBÉISSANCE DE LORD SACKVILLE · texte numérisé non relu

DÉSOBÉISSANCE DE LORD SACKVILLE

France et les Royaux, ainsi que plusieurs régiments du corps de Broglie, soutinrent le feu des batteries confédérées avec une fermeté digne d’un meilleur sort. L'artillerie, quoique servie avec bravoure, se montra, au point de vue et de l'efficacité et de la mobilité, inférieure à celle des alliés, tant à rodtenhausen qu’au centre. Au surplus les appréciations du vainqueur sur le vaincu ne sont pas flatteuses : « Jamais, écrit Reden dans son journal (1), une armée ne s’est battue plus mollement....... que les Fran- “ais dans cette journée. » La relation (2) détaillée du prince Ferdinand explique la faiblesse de ses pertes par le « peu de résistance et contenance de l'ennemi et sa subite manœuvre rétrogradante, » La même impression se retrouve dans les récits rapportés du champ de bataille par les officiers chargés de dépêches. « L'affaire, écrit Lady Yarmouth (3) à la suite d'entretiens avec eux, n'a pas été à beaucoup près si meurtrière que celle de Crevelt; les Francais ont très mal fait. »

Selon toute probabilité, la déconfiture de Contades eûs été plus complète encore sans la défaillance de Lord George Sackville qui commandait la cavalerie à l’aile droite des confédérés. Au lieu d’exécuter les ordres répétés que lui remirent plusieurs aides de camp du prince Ferdinand, et de mener ses escadrons à la poursuite de la cavalerie française en désordre, il hésita, demanda de nouvelles instructions et laissa échapper le moment favorable. Le prince, fort mécontent, dans l'ordre du jour du lendemain fit allusion à l'incident (4) en disant que si le marquis de Granby, commandant en second, avait eu la direction de la cavalerie anglaise, les résultats de la journée eussent

(1) Reden. Feldzsüge der allierlen Armee, vol. H, p. 63.

(2) Relation détaillée de la victoire du 1° août, Newcastle Papers, vol. 32894,

(3) Lady Yarmeuth à Newcastle, 9 août 1759. Newcastle Papers, vol. 32894.

(4) Annual Register 1759. State Papers.

été plus brillants. Sackville ainsi visé se fit accorder la permission de rentrer en Angleterre; peu de temps après son retour, ayant été privé par le Roi de tous ses grades et honneurs, il obtint de passer devant un conseil de guerre. En fin de compte et à la suite de longs débats, il fut déclaré coupable de désobéissance et exclu de tout emploi militaire. Par contre, Ferdinand prodigua des éloges à l’infanterie et à l'artillerie anglaises; il alloua même, selon la coutume de l'époque, à plusieurs officiers de cette dernière arme des gratifications en argent. A titre de récompense pour sa victoire, Ferdinand reçut du roi George l'ordre de la Jarretière et un don de 20.000 livres sterling.

Nous avons laissé l'armée de Contades reintégrée dans ses camps de la veille où elle fut rejointe par la brigade d'Havré, qui sous la menace d’être pris à dos par le général Gilsa, avait dû renoncer à sa fausse attaque. C’est à ce moment que le maréchal eut avis de la défaite et de la retraite précipitée du duc de Brissac. Ce général, nous l’avons dit, avait été envoyé de Minden le 28 juillet avec un détacheinent de 3.000 hommes dont un tiers cavaliers, pour protéger un convoi de pain et d'espèces qui s’acheminait sur Minden et pour veiller sur la ligne de ravitaillement de Hervorden. La première partie du programme fut heureusement accomplie : argent et pain gagnèrent sans accident le quartier français; quant aux communications, elles furent assurées par un combat livré sur les bords du ruisseau l’Elze, le 30 juillet, à la suite duquel Brissac, qui avait rallié à lui les hussards de Turpin et de Berchiny ainsi que quelques centaines de volontaires, eut la satisfaction de voir le prince héréditaire s'éloigner dans la direction de Rimsel. Le lendemain conformément aux ordres de Contades, il se posta à Coefeld pour couvrir les équipages de l’armée.

Entre temps le prince de Brunswick, renforcé de 3 bataillons arrivés d'Osnabrück sous le général Drèves, était

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COMBAT DE COEFELD. 69

revenu le 1° août, avant le jour, à la rencontre des Français ; il avait avec lui 10 bataillons, 14 escadrons, soit presque 10.000 combattants, et 36 canons dont 16 de gros calibre. 11 répartit ses troupes en trois fractions, dont l'une destinée à tourner la position de Brissac. Ce dernier essaya de parer le coup en perçant le centre ennemi qu'il fit attaquer par sa cavalerie; la charge, conduite par le comte de La Guiche, eut d’abord quelque succès, mais le feu d'une réserve d'infanterie placée fort à propos arrèta les escadrons français et leur fit faire demi-tour. Force fut au petit corps de Brissac de battre en retraite ; le mouvement se fit d’abord avec ordre, mais tout à coup une fusillade des plus chaudes éclata sur la droite; c'était la cavalerie et l’artillerie qui étaient aux prises avec une des colonnes hanovriennes. Les cavaliers s'enfuirent et les 5 pièces de canon tombèrent aux mains de l'ennemi; l’infanterie, qui composait l’autre colonne, put regagner le camp de Minden. Toute l'affaire ne coûta que 33 hommes aux vainqueurs. On peut s'imaginer l'effet produit sur les esprits déjà démoralisés de l'État-Major français par le retour des débris de la division Brissac; la défaite de ce détachement par un ennemi fort supérieur en nombre n'était pas en elle-même un fait très important, mais les conséquences du combat se présentaient avec une portée infiniment plus grave. Le prince héréditaire, avec un corps de troupes dont l'effectif était grossi par des cerveaux excités, était établi sur la ligne de ravitaillement ; maitre de Hervorden, il interceptait les communications avec Armentières et les magasins de l'armée.

Revenons au conseil de guerre (1) tenu après la bataille. Broglie qui y arriva un des derniers trouva le maréchal à peu près décidé pour la marche par les gorges de la rive gauche du Weser. Très opposé à ce projet, il

(1) Ce récit est emprunté à la dépéche de Broglie à Belleisle déjà citée et au Bulletin de l'armée, rédigé par Monteynard ou sous sa direction.

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représenta à son chef qu’il serait « moralement impossible de passer sur le dos des 12.000 hommes qu’on prètait au prince héréditaire, que le passage de la Werra dont les ponts étaient rompus ou en possession de l'ennemi, serait une opération des plus épineuses, que si toute l’armée, embarrassée d’un nombre prodigieux d’équipages et dans un grand désordre, s’enfermait une fois dans la gorge où elle serait sûrement suivie par l'armée ennemie qui la canonnait encore et semblait vouloir se mettre en mouvement, et que l'attaque de Coefeld ne réussit pas, l’armée entière serait perdue sans ressource et sans qu'il en revint personne. Il (Contades) convint du danger de ce parti et me fit l'honneur de me demander si j'en savais un autre. Je lui répondis que dans la position où il se trouvait il n'y avait rien à proposer qui ne fût sujet à de grands inconvénients, mais qu’il me paraissait qu'il y en avait beaucoup moins à repasser le Weser, qu'il y avait trois ponts et des gués, que la cavalerie pourrait passer à gué, et l'infanterie et les gros équipages sur les ponts, et que quand on serait une fois enfourné dans la gorge d'Hameln qui est assez étroite, on pourrait avec l'infanterie seule y arrèter l’armée des ennemis et y assurer la retraite. » Quelques généraux soutinrent au coutraire « que les ennemis ne pourraient défendre la sortie des gorges et la rivière de la Werra en même temps »; que la traversée d’un cours d'eau « plein de gués jusqu'à son embouchure » était facile, et qu’on était °n nombre plus que suffisant « pour se faire jour et passer sur le ventre au corps du prince héréditaire... M. le maréchal alla aux voix, et recueillit toutes celles des officiers généraux qui étaient présents et qui étaient, je crois, MM. le prince de Condé, d’Anlezy, duc de Fitzjames, comte de Noailles, Dumesnil, de Vogué, duc de Laval, de Saint-Chamans, de Castries et de Monteynard, et quelques autres encore dont je ne me rappelle point les noms. À la réserve de M. de Castries et de M. de Montey-

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