CRITIQUE DE BROGLIE ET DE CONTADES
canonnade donnèrent au prince Ferdinand le temps de manœuvrer à son aise et de remédier au vice d’une ligne beaucoup trop étendue. Au duc de Broglie incombe la responsabilité du reta d apporté à l'attaque de Todtenhausen ; ce général qui dans plusieurs occasions avait montré du coup d'œil et de l'initiative, en manqua complètement à l'affaire du 1° août; il prête 20.000 hommes à Wangenheim qui en avait tout au plus 13.000, et n'ose pas tenter un effort qui n’eàt pas coûté à ses hommes plus cher que le feu d'artillerie auquel ils restèrent inutilement exposés pendant des heures entières.
Westphalen est sévère pour le commandant du corps de réserve. Voici en quels termes il commente (1) la relation publiée par les amis de ce äernier : « Le raisonnement de Broglie est faux, et si jamais la bataille pouvait être gagnée, cela aurait été en s'emparant de Kutenhausen, et en délogeant le général Wangenheim. Si Broglie pouvait l’attaquer à 4 heures du matin, et s’il ne l’a pas fait, il est bien simple qu'il est cause de la perte de la bataille. Ceci me fait penser que M. de Broglie pourrait fort bien ne pas être aussi habile qu’on le dit. »
Mais si le lieutenant est en défaut, que dire du général en chef qui, pendant la longue attente, ne pense pas à faire ce que fit le prince Ferdinand, à se transporter à sa droite pour veiller en person: : à l'exécution de ses ordres”? Pourquoi ne s'être pas servi de sa gauche demeurée inactive dans l’expectative d’un m:avement de la droite qui ne se produisait pas? Pourquoi n'avoir pas occupé en force le village de Hahlen et s'être laissé devancer à Maulbergen? Pourquoi n'avoir pas comblé au centre le vide qui permit à l'ennemi de percer après la défaite de la cavalerie? De la part des Français il n’y eut au cours de l’ac-
(1) Westphalen à Ferdinand, 28 août 1759. Arch. de l'Etat-Major général. Berlin, C. X, 324,
GUERRE DE SEPT ANS. — T. II. ù
tion aucune unité de direction; chaque divisionnaire agit pour son propre compte et se préoccupe trop ou trop peu de son voisin. Broglie pousse la timidité jusqu’à la désobéissance ; Nicolaï se décide à soutenir le corps de réserve, quand l'échec du centre allait décider du sort de la bataille. Beaupréau, par ses mauvaises dispositions, transforme en désastre une opération qui n'était que hasardeuse; Guerchy ne sait tirer aucun parti des troupes qui lui avaient été confiées.
Quant à la cavalerie, elle fut piteusement battue par une infanterie qui ne paraît pas même lui avoir fait l'honneur de former les carrés pour recevoir la charge. C’est avec raison que Belleisle écrivait à son ami Castries (1) : «Il ne m'entre pas dans l'esprit que 60 escadrons en plaine ne puissent pas rompre et fouler aux pie.ls 9 ou 10 bataillons; tandis que je vois que dans le même lieu, et un moment après, une poignée de cavalerie ennemie a sabré, renversé et mis en déroute # de nos brigades d'infanterie qui composaient en nombre un tiers de plus de combattants que les bataillons anglais qui ont repoussé notre cavalerie. » Les pertes des régiments qui prirent une part effective à l'engagement sont la meilleure preuve du courage déployé; aussi faut-il attribuer leur malheur au manque d'ensemble dans la charge et à l’intrépidité et au sangfroid des fantassins ennemis. Ceux-ci (2), sur trois rangs et formés sur deux lignes, arrêtèrent par leur feu, non seulement les attaques successives de front, maïs aussi un assaut plus dangereux des genctrmes et des carabiniers, qui porta sur leur flanc et partiellement à revers. L'infanterie française ne fut pas plus heureuse; la défaite des brigades de Touraine et de Rouergue rappelle celle des bataillons de Soubise à Rossbach; par contre, les grenadiers de
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(1) Belleisle à Castries, Lettre citée par Pajol, Guerres de Louis XV, vol. IV, p. 407.
(2) Voir Pajol, Guerres de Louis XV, t. IV.
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