POLÉMIQUE AU SUJET DE BROGLIE
toutes les maisons de Paris et de Versailles, et l’on y dit que c'est M. de Broglie qui a sauvé et qui a couvert et facilité la retraite de l’armée dont il a fait l’arrière-garde. Cela se porte dans les cafés, l'on a mème fait des placards, et comme tout cela se fait sans connaissance des auteurs, que l’on nignore pourtant pas mais que l'on ne peut prouver, il en résulte une clameur contre vous. Je n’y suis pas épargné et l’on y dit que la rancune que je garde contre M. de Broglie à cause de tout ce qui s'est passé en Bohême et à Prague, est la cause que j'ai empêché qu'il ne fût maréchal de France et qu’il ne commandät l’armée, et de là on continue tout ce que vous pouvez imaginer de plus insolent. »
La Dauphine, fille du roi de Pologne, en correspondance réglée avec le comte de Broglie, ancien ambassadeur que nous avons vu à l'œuvre à Dresde et à Varsovie, avait épousé ouvertement la cause du due. Belleisle, au contraire, avait pris avec chaleur la défense du général malheureux ; nous empruntons à sa lettre un exposé complet des incidents survenus : « J'avais fait lire cet ordre du 31 juillet (l'ordre pour la bataille de Minden) à M. le Dauphin en particulier, ainsi qu'au maréchal d'Estrées, à M, de Soubise et à M. de Choiseul, Vos dispositions ont eu l'apprebation générale, et M. le maréchal d'Estrées a dit avec la franchise que vous Iuy connaissez qu’il se ferait grand honneur d’en avoir fait de pareilles... Je ne vous rendrai pas ici le discours que j'ai tenu au Roy après cette lecture; j'ai parlé au moins une bonne demi-heure avec toute la force, l'onction et la tendresse (j'ose me servir de ce terme) que j'ai pour le Roy. Je crois n'avoir rien omis, et je puis vous dire que j'ai ému tout le conseil, dont tous les membres m'ont embrassé quand nous en sommes sortis. J'ai supplié le Roy de trouver bon que je ne fusse pas le juge d'une question où il s'agissait de M. le duc de Broglie dans la prévention où pouvait ètre le public, qu'y
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ayant deux maréchaux de France dans le conseil, il était tout naturel de charger M. le maréchal d’Estrées, qui est l'ancien, de voir tout cela par luy-même; qu'il était bien difficile à Versailles d'approfondir la conduite et les intrigues. Que quant au fait principal, il était entièrement contre M. de Broglie, qu avait eu ordre d'attaquer et n’en avait rien fait, d'où était néanmains résulté la perte de la bataille. L'article sur lequel j'ai le plus appuyé, est l’impossibilité que qui que ce soit puisse aujourd’huy commander une armée avec la tolérance des propos, des écritures, des intrigues et des cabaies; qu'il fallait que le général, quel qu'il fût, fût non seulement le maitre absolu sur tous ceux qui sont dans son armée, mais aussi qu'il fût assuré de toute la confiance du Roy, et d’être soutenu de touté son autorité, C'est sur cet article, où j'ose dire que je n'ai rien oublié, que j'ai fait impression. » Après un débat où les deux maréchaux membres du Conseil, d'Estrées et Soubise, se prononcèrent dans le mème sens que le ministre, il fut décidé que le premier irait à l'armée sous prétexte des plans à adopter pour la fin de la saison, et pour « les concilier avec la politique et avec le projet maritime qui subsiste toujours et qui affaiblira votre armée au moins de 2% bataillons, quand vous aurez fini votre campagne. » Pour le public, « il sera donc dit, comme cela est en effet, que le Roy envoye M. le maréchal d’Estrées s’'aboucher avec vous pour concerter les opérations de tout le reste de la campagne, ce qui serait trop long et presque impossible à faire par écrit. Cela satisfera les cours de Vienne et de Russie, et produira, je crois, un très grand bien, en ce qu'il aura ordre de dire à toute l’armée l'estime et la confiance que le Roy a en vous, et il prêchera mieux que tout autre contre les intrigues et les cabales des écrivains. » Belleisle termine sa lettre à Contades par quelques mots sur le compte de Broglie, où son antipathie personnelle lutte avec le loyal désir de tout subordonner à l'intérêt
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