MISSION D'ESTRÉES A L'ARMÉE
deux ou trois autres régiments étrangers. Pour ménager le pauvre Contades contre qui le duc de Broglie, le comte Saint-Germoin cet Saint-Pern crient hautement, j'ai fait à la cour le portrait le moins touchant qui m'a été possible ; mais malgré cela la lecture seule seraii capable de le faire rappeler sur-le-champ, sans la protection de celle dont je vous ai parlé bien des fois. »
Si Belleisle avait tablé sur l'énergie et l'initiative de d'Estrées pour réparer les affaires en Allemagne, il faut avouer qu'il connaissait bien mal son homme ou qu'il se laissait aveugler par l'amitié. Par son action, ou plutôt par son inaction, le commissaire spécial de la cour justifia le propos que M. de Puyseulx avait tenu sur son compte (1) : « Le maréchal d'Estrées a une réputation faite qu'il ne doit pas risquer de perdre en se chargeant d’une besogne incertaine. » Il n'avait pu refuser de se rendre en Allemagne, mais arrivé au quartier général, il repoussa le commandement que Contades lui offrit dès le premier abord, et se borna à donner des conseils qui, à en juger par ses épitres, durent être empreints du pessimisme le plus outré. Dans ses lettres à Belleisla (2) on ne relève pas une parole d'espoir ou de confiance; l'esprit de l’armée est äétestable, les officiers de troupes sont ruinés, les malades augmentent à vue d'œil, Munster sera pris, d’Armentières ne pourra sauver la place. « Vous me trouverés ne voyant pas en couleur de rose, mais je suis obligé d'arrêter mes yeux, et d: régler mon jugement sur ce que je vois, et ceux qui vous diront le contraire vous tromjreront, et par conséquent le Roy. Si cette armée est détruite par la fatigue ou souffre quelque échec, je ne vois pas où S. M. en prendra une autre; de telles circonstances méritent de grandes
(1) Starhemberg à Kaunitz, 14 septembre 1759. Archives de Vicnne. (2) Estrées à Belleisle, 30 acât, 3 septembre 1759. Archives de la Guerre, vol, 3522,
réflexions. » Le post-scriptum vise sa propre responsabilité qu'il entend dégager : « Je vous péviens une fois pour tout, monsieur le maréchal, que je n’entreray dans aucun détail des opérations journalières de l’armée, et je m'en raporte à ce que monsieur le mareschal de Contades vous en écrira. » A lire ces extraits on constate qu'au lieu de la fermeté et de l’entrain nécessaires pour ranimer les courages, d’Estrées fournit une note de plus au concert de lamentations et de plaintes que révèlent les correspondances.
Il faut le reconnaitre, la tâche, toujours difficile quand il s'agit de rétablir le moral d'une troupe battue, était d'autant plus lourde que le changement dans la direction ne s’eifectuait qu'un mois après la défaite. « Il trouvera, écrivait un officier (1) qui avait vu le maréchal lors ae son passage à Francfort, des circonstances incroyables de l’inconsistance actuelle. L'armée n'existe plus, c'est une sortie d'Égypte dans la plus grande confusion. Les officiers s'en vont sans ordres, sans permission, se disant blessés et courent les villes. On leur refuse icy le logement, et ils se plaignent fort. Les opinions sont toujours dans le même partage....…. Il faudrait, pour tout remettre, où la présence du maitre, ou celle d’un prince du sang, ou celle du maréchal d’Estrées comme général... C'est un miracle si nous sommes icy et s’il existe une armée. Au bout de 95 lieues nou seulement on n'a pas été remis, mais on «a été pis qu'au premier moment. En voicy 35 autres qui ont encore empiré les dispositions. » Que d’Estrées comme commandant en chef eût porté remède aux maux signalés, cela est fort douteux; quant à son inefficacité comme conseiller non responsable d'un général discrédité, elle fut bientôt démontrée.
Le 4 septembre, après avoir passé près de deux se-
(1) Lettre non signée. Francfort, 24 août 1759. Archives de la Guerre, 3521.
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