CAPITULATION DE MUNSTER
fit-il (1) à Armentières une demunde de diversion que celui-ci accepta; mais les glaces et la nécessité de replier les ponts sur le Rhin firent retarder l'opération jusqu'aux derniers jours de décembre. Ce fut seulement le 25 de ce mois que Voyer put mander (2) son arrivée avec 6.000 hommes à Siegburg, et son intention de franchir la Sieg et de gagner Hackenburg. Entre temps, Vogué, avec une division de la grande armée, avait pris position à Limburg d’où il lui serait facile de donner la main à son collègue. Ces meavements se rattachaient à un retour offensif de Broglie à qui le moment avait paru propice pour recouvrer le terrain perdu en Wetteravie dans la première semaine de décembre. Fidèle à sa promesse, Ferdinand avait détaché le prince de Brunswick en Saxe au secours du roi de Prusse, avec une forte division de 13 bataillons et 19 escadrons sur lesquels près de la moitié avait été fournie par le corps d’Imhoff en Westphalie. Broglie, dont le service de renseignements était très défectueux, n’eut vent que le 17 (3) d’une expédition qui avait débuté le 9. Dans sa correspondance avec Belleisle, il se demande ce qu'était devenu le prince héréditaire depuis les incidents de Fulde ; il ne comprend pas pourquoi le prince Ferdinand n’a pas commencé le siège de Giessen que le recul des Français avait abandonné à ses propres forces, mais il ne soupçonne la vérité que plu: ieurs jours après l'événement. Enfin, quand le doute n’est plus permis, il se décide à reprendre l'offensive : il invite Wurtemberg à couvrir le flanc droit, lui annonce pour le 21 décembre la marche en avant sur Giessen, et insiste auprès d’Armentières pour la prompte exécution de l'opération suspendue.
(1) Rroglie à Armentières, Friedberg, 8 décembre 1759. Archives Guerre, 35926.
(2) Voyer à Muy, Siegburg, 25 décembre 1759. Archives Guerre, 3526.
(3) Broglie à Wurtemberg, Friedberg, 17 décembre 1759. Archives de la Guerre, 3526.
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106 LA GUERRE DE SEPT ANS. — CHAP. Ill.
Avant de quitter Friedberg, Broglie avait reçu de Versailles le bâton de maréchal de France, que réclamaient pour lui ses amis depuis la victoire de Bergen. Cette promotion, en donnant au duc un rang supérieur, devait avoir pour conséquence soit la mise d’Armentières sous ses ordres soit le rappel de ce dernier. Ce fut à ce parti que s'arrêta la cour : Armentières qui s'était rendu à Cologne pour hâAter les préparatifs de l'expédition sur la rive droite du Rhin, y apprit à la fois la venue de son successeur, le chevalier du Muy, et la nomination de Broglie au grade de maréchal de France. A Belleisle, il ne cache pas le dépit que lui cause l'avancement de son collègue : « Il me parait (1) que sous un maréchal de France, ministre de la Guerre, l'on n'aurait pas dû s'attendre que de deux lieutenants généraux commandant en même temps deux armées séparées, le cadet fût fait maréchal de France et l’ancien laissé. Cependant, cet ancien, Monseigneur, pourrait, je crois, demander le parallèle entre lui et son cadet. » La mutation n'apporta d’ailleurs aucun nouveau retard dans la diversion concertée avec Broglie; le 25 décembre, comme nous l'avons dit plus haut, Voyer était à Siegburg, et malgré les mauvaises routes, l'inondation et les ponts coupés, espérait être à Hackenburg pour le 30. De son côté, Muy qui dirigeait le deuxième échelon, devait partir de Cologne le 27.
Ainsi mises en train, les affaires parurent prendre une tournure favorable pour les Français. Le 2 janvier 1760, Voyer, après une marche des plus pénibles, opéra sa jonction avec Vogué qui était à la tête de l’extrème gauche de la grande armée; leurs forces réunies se montaient à environ 11.000 hommes. Dès le lendemain, ils commencèrent leur entreprise contre la ligne de communication du prince Ferdinand; Vogué enleva le bourg de Herborn
(1) Armentières à Belleisle, Cologne, 25 décembre 1759. Archives de la Guerre, 3526.
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COMBAT DE DILLENBURG. 107
avec sa petite garnison de 120 hommes; Fischer et Dauvet prirent possession de la ville de Dillenburg et bloquèrent la citadelle qui refusa de capituler. Ce méme jour, Muy entrait à liackenburg où il attendit les instructions du général en chef. Le mouvement de Voyer contre la droite des confédérés, les démonstrations de Saint-Germain et des Wurtembourgeois sur leur gauche, enfin la marche des Français sur Giessen, déterminèrent le prince Ferdinand à lever le blocus de la place puis à abandonner la position sur la Lahn qu'il occupait depuis le 19 septembre. La retraite s’effectua le 5 janvier sans être inquiétée par Broglie qui se contenta de remplacer l'adversaire dans les cantonnements évacués.
Du côté de la Dille, peut-être Voyer eùût-il été plus entreprenant sans un échec qu'il essuya à Dillenburg. Peu soucieux de voir le château tomber entre les mains des Francais, le prince Ferdinand dirigea sur ce point une partie de la division Wangenheim; l'opération fut si heureusement conduite que non seulement la forteresse fut débloquée, mais que le détachement français chargé de l'investissement fut détruit ou fait prisonnier. Les Suisses du régiment de Waldner qui le composaient se défendirent avec bravoure, mais leur commandant, le brigadier Paravicini, qui avait l'ordre de se retirer devant un ennemi supérieur, se laissa envelopper bien que l’approche des confédérés eût lieu dans l'après-midi; mortellement blessé, il expira une demi-heure après l’action et paya ainsi de sa vie la faute commise. Le même 7 janvier, à peu de distance de Dillenburg, un avant-poste de cent dragons du régiment de Beauffremont fut enlevé par un parti de chasseurs hanovriens et d'Écossais sous les ordres de Luckner. Cet officier dont la réputation grandissait de jour en jour venait de se distinguer quelques jours auparavant en surprenant et capturant le lieutenant-colonel de Muret avec une centaine d'hommes. Ces revers et la reculade de Fis-
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