DOHNA MARCHE CONTRE LES RUSSES
une place dans l'état-major de Fermor et chercherait à s'y faire agréer. S'il réussissait à établir des rapports intimes avec ce général, il était autorisé à lui offrir, soit une somme de 100.000 écus, soit le grade de feld-maréchal dans l'armée prussienne, avec une pension de 10 à 12.000 écus. En paiement de ces avantages, le roi de Prusse serait informé par l'intermédiaire de son émissaire, en temps utile, « de tout ce que les troupes de Russie voudront entreprendre. » Le mandataire n'obtint pas la permission sollicitée, et n'eut pas par conséquent l'occasion de faire à Fermor les offres dont il était porteur; l’eût-il pu, rien dans la conduite de ce dernier, ne permet de supposer qu'il eût consenti à jouer le rôle de traitre.
Quoiqu'il fût déjà question en haut lieu de son remplacement, Fermor présida aux opérations initiales de l’armée russe, et échangea avec Daun les premières correspondances au sujet de la jonction avec les Autrichiens. Vers la mi-juin, le quartier général, l'avant-garde de Mordwinow et le corps d'observation étaient à Posen, la première division à Uszes, sur la Netze, et la seconde à Nakel, en tout 71 bataillons, 36 escadrons, 6 à 7.000 cosaques ou irréguliers et 92 canons de gros calibre, soit 50 à 55.000 combattants. A la défense de la Prusse royale et de la ligne de la Vistule, étaient affectés 8 régiments d'infanterie À effectifs incomplets, quelques escadrons de cavalerie régulière et quelques sotnias de Cosaques sous les ordres du général Frolow Bargrejew, qui succédait à Rumjanzew, nommé à la tète d'une division de l’armée active. Ces troupes furent renforcées au cours de l'été, mais ne participèrent pas aux événements de la campagne.
Pendant que les Russes effectuaient leur marche de la Vistule à Posen et à ia Netze, le général Dohna, qui avait repris le commandement de son corps, avait débouché de Stargard et s'était dirigé sur Lansberg, où il séjourna du
12 au 23 juin. Si au lieu de perdre ainsi dix jours il se fût rendu directement sur Posen, il aurait pu infliger aux 20.000 Russes qui y étaient un échec dont l'effet eût été considérable pour la suite des hostilités. Fermor profita du répit pour appeler à lui ses deux divisions encore en arrière, et pour concentrer son armée qui se trouva réunie à Posen le 29 juin. De son côté, Dohna avait été rejoint par le général Hulsen avec les 10.000 hommes (10 bataillons et 22 escadrons) détachés de l’armée du prince Henri, et voyait ainsi ses effectifs portés à environ 28.000 fusils et sabres; il prit le 30, à Klein Goslin, une position qui lui permettait de menacer la ligne de ravitaillement des Russes. Aussitôt qu'il eut connaissance de l'approche des Prussiens de Dohna, Fernor dépêcha le 26 juin un courrier à Daun, pour l'informer que l'attaque à laquelle il était exposé le forçait de suspendre sa marche vers l'Oder.
Presque à la même date, jour pour jour, la grande armée autrichienne avait commencé son mouvement; conformément aux ordres que Lascy avait rapportés de Vienne, le feld-maréchal venait de faire un pas en avant. Le 928 juin, il quitta Schurtz où il était depuis si longtemps, laissant aux géneraux Harsch et de Ville le soin de couvrir la Bohême avec 35.000 hommes; le 6 iuillet, il s'établit dans un camp avantageusement situé à (erlachsheim, près de Mark Lissa, sur la Queiss. A cette éj:oque, Hadik, qui avait été rappelé de l’armée de Deux-Ponts, s'apprètait à franchir l’Elbe, près de Toplitz; Wehla occupait Gürlitz et Lobau en Lusace, et Gemmingen surveillait le prince Henri sur la frontière de la Saxe. Le 8 juillet, Daun convoqua un conseil de guerre, et proposa de faire avancer l’armée au delà de la Queiss; malgré l'opposition de presque tous les assistants, il allait exécuter son projet, quand une dépêche de Fermor et les renseignements verbaux d’un de ses officiers, le marquis de Botta, qui rentrait d’une mission au
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