‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 88 sur 303 · ATTAQUE ET PRISE DU MUHLBERG · texte numérisé non relu

ATTAQUE ET PRISE DU MUHLBERG

marche des Prussiens, ni pour renforcer le corps de Galitzin, chargé de la défense du Mühlberg.

Au bout d’une demi-heure, les 60 bouches à feu que les artilleurs royaux avaient mises en action, acquirent une supériorité marquée sur les #0 dont les Russes pouvaient disposer. Les soldats de Galitzin, et surtout les grenadiers postés au point saillant du Mühlberg, canonnés à bonne portée, souffrirent beaucoup du tir convergent qui battait ieur front et enfilait leurs rangs. A midi, le Roi donna le signal de l'assaut; la première brigade de l'avant-garde, forte de 4 bataillons sous les ordres de Seckendorf, descendit le versant du Kleistberg, traversa le Becker Grund, où elle était momentanément à l'abri de l'artillerie russe qui ne voyait pas le fond du vallon, et gravit la pente opposée. Arrivés à 100 mètres des retranchements, les Prussiens furent exposés à la mitraille et à la fusillade des défenseurs; ils passèrent outre, franchirent le fossé, sautèrent dans l’intérieur des lignes et tombèrent sur les fantassins moscovites qui reculèrent en désordre. La résistance, si courte qu'elle füt, avait procuré à Galitzin le temps d'amener à leur secours les 4 régiments de fusiliers qui, avec celui des grenadiers, composaient le corps de réserve; il les forma le mieux qu'il put, au travers du camp fortifié. À cet endroit il y eut un combat sanglant, mais de peu de durée; Galitzin et Olitz furent blessés; les fusiliers, pris en flanc par le canon du Kleistberg, mitraillés de front par les pièces légères des bataillons prussiens, cédèrent devant les grenadiers de Seckendorf que soutenait la seconde brigade de l'avant-garde. Ils gagnèrent en confusion le bas de la colline, vers le Grosse .Elsbusch ; là, ils se trouvèrent sous le feu du Finckberg, et reprirent leur fuite, entrainant avec eux le régiment des grenadiers à cheval et abandonnant aux Prussiens toute leur artillerie et bon nombre de prisonniers.

Le premier acte de la bataille avait été joué. Le Roi

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pouvait s'applaudir de son entrée en scène; avec 8 bataillons de son avant-garde et sans grands sacrifices, il avait emporté une position redoutable, pris #0 canons, mis hors de combat l'aile gauche de l'ennemi, et ce qui était peutêtre plus important, pénétré dans son camp retranché. En possession du Mühlberg, vainqueur de Galitzin, comme il l'avait été de Nadasdy à Leuthen, Frédéric dut entrevoir une victoire égale à celle de cette mémorable journée.

Malheureusement pour eux, les Prussiens ne tirèrent pas de leur premier succès tous les résultats qu'ils eussent pu en espérer. Pour achever la destruction de la réserve russe, il aurait fallu de la cavalerie; or toutes les unités de cette arme appartenant au corps d° bataille ayant été reportées à l'aile gauche, et les régiments de Schorlemmer n'ayant pas encore traversé le Hühner Fliess, on n'avait sous la main que # escadrons des dragons de Platen , qui firent queljues charges, mais qui n'étaient pas assez nombreux pour produire grande impression. Autre lacune plus grave : des hauteurs conq'ises on voyait de côté et à revers les masses russes qui garnissaient l’enceinte du plateau, depuis Kunersdorf jusqu'au Judenberg ; il était tout indiqué d'ouvrir sur elles un feu d'autant plus efficace, qu’il enfilerait leurs formations et agirait sur des profondeurs de plusieurs rangs. Mais les moyens d'action firent défaut; les pièces régimentaires n'avaient pas la portée nécessaire; avec beaucoup de difficulté on hissa sur les pentes sablonneuses du Mühlberg # canons de 12 qui firent beaucoup d'effet (1), mais ils eurent bientot épuisé leurs munitions, et il fallut attendre les caissons qui n’arrivèrent que tardivement. Quant aux pièces enlevées, aucun des narrateurs n'indique pourquoi les Prussiens ne les retournèrent pas contre leurs anciens propriétaires.

(1) L'historien Tempelhoff servait en qualité d'officier subalterne avec ces pièces.

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