‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 89 sur 303 · MANQUE D'ARTILLERIE POUR COMPLÉTER LE SUCCÈS · texte numérisé non relu

MANQUE D'ARTILLERIE POUR COMPLÉTER LE SUCCÈS

Au surplus, soit encombrement du Mühlberg et de ses approches, soit impossibilité d'y faire monter les pièces et leurs caissons, on ne put pas, parait-il, remédier au cours de la bataille à ce manque d'artillerie; aussi Frédéric ne profita-t-il pas de l'avantage d’une position distante seu: lement de 1.100 mètres du plateau du Spitzberg où l'on se battit si longtemps, et qui, à # mètres près, est aussi élevée que ce mamelon. Bien que partiel, le feu des grosses pièces du Mübhlberg fut des plus meurtriers et ouvrit bien des trouées sanglantes dans les formations serrécs de l’armée austro-russe; plus intense, peut-être eùût-il fait pencher la balance en faveur du Roi.

Cependant, après le temps d'arrêt indispensable pour rétablir l'ordre dans les unités, les Prussiens continuèrent à avancer; en tète les 8 bataillons de l'avant-garde, que venait de rejoindre un bataillon du régiment du Markgraf Karl; derrière eux la plus grande partie de l'aile droite du gros et la gauche du corps de réserve. Le général Finck en effet avait franchi le Hühner Fliess et s'était établi entre l’Elsbusch et le Mühlberg, sur le versant nord-ouest de cette colline et sur le petit plateau qui la couronne; par contre, la brigade Thiele, extrème droite du corps de bataille, ne trouvant plus de place pour se déployer en haut de la butte, avait été forcée d'obliquer et de gagner l’Elsbusch, d'où elle ne sortit qu'une heure et demie plus tard, pour renforcer la ligne de feu. Des escadrons de Schorlemmer quelques-uns furent affectés à la garde du camp, les autres se postèrent derrière l'infanterie. En résumé, vers une heure et demie de l’aprèsmidi, plus de la moitié de l'infanterie prussienne était entassée sur le haut et les déclivités du Mühlberg ; seuls les premiers rangs pouvaient agir; ceux de derrière restaient inutilement exposés à la pluie de projectiles que les canons et obusiers à longue portée de Soltikoff commençaient à faire tomber sur eux.

Pour arrèter les progrès de l’armée royale, les généraux alliés qui s'étaient placés sur le Spitzberg firent exécuter une conversion aux deux régiments de gauche de la division Rumjanzew, le deuxième grenadiers et Rostow, et les firent soutenir par les bataillons suivants et par les compagnies des grenadiers autrichiens, accourues du Laudons Grund. Entre ces nouveaux venus que dirigeaient les généraux Panin et Bruce, et l'avant-garde prussienne, appuyée par quelques bataillons du corps de bataille, il y eut un engagement qui se termina, grâce à l'entrée en ligne de Finck, par la retraite des Austro-Russes au delà du Kuh Grund. Là on se fusilla des deux crêtes opposées; l'avant-garde toujours la première, mais déj ‘ort épuisée; derrière elle les régiments de Finck, et l'aile droite de l'armée royale presque entière dont une partie au pied, et l’autre sur les pentes du Mühlberg, le tout fouetté par les projectiles russes. L’aile gauche, ainsi que toute la cavalerie, n'avait pas encore pris part au combat. Il était deux heures; on avait gagné du terrain, mais on se heurtait à une résistance de plus en plus opiniatre, et il devenait évident qu'il y aurait lieu de retirer du feu les bataillons fatigués et de les remplacer par des troupes fraiches. À cet effet, l'aile droite de l’armée royale, qui jusqu'alors était restée en seconde ligne, tout en subissant des pertes du fait de l'artillerie russe, fut appelée en première pour remplir les vides. D'autre part, la brigade Knobloch, forte de 3 bataillons, chassa les Russes du cimetière de Kunersdorf, gagna sur le plateau du côté du Kuh Grund, et prit en flanc les défenseurs de ce ravin. Grâce à cette diversion, grâce &ussi à l’arrivée sous le Kuhberg de la brigade Thiele, revenue du marais où elle s'était égarée, les Prussiens parvinrent enfin à dépasser l'obstacle qui les avait arrêtés si longtemps, enlevèrent les canons de l'ennemi, et refoulèrent celui-ci jusqu'au Tiefe Weg. D'après quelques récits, ils auraient même poussé

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