LOURDES PERTES DES COMBATTANTS
soldats; celle des Autrichiens, d’un peu plus de 2,300, soit pour l’armée alliée, de 17.000 hommes en chiffres ronds. L'État-major comptait 6 généraux blessés : les princes Galitzin et Lubomirski, les généraux Olitz, Essen, Lobel et Bachmann. Après déduction des détachemenis laissés par les deux combattants sur la rive gauche de l’Oder, ou à la garde des ponts, on constate que #3.000 Prussiens et 60.000 Austro-Russes furent opposés les uns aux autres dans la bataille du 12 août; les premiers eurent #3 p. 100, les seconds 2% p. 100 de leurs effectifs hors de combat. Si l’on réfléchit que les fusils de l’époque avaient à peine une portée de 200 mètres et que la zone utile de tir du canon ne dépassait pas 1.200 mètres, on sera amené à conelure que le perfectionnement du matériel, en rendant presque impossibles les rencontres à l'arme blanche ou à faible distance, a plutôt diminué qu'augmenté la proportion du déchet parmi les belligérants.
Le soir de la bataille, le roi de Prusse gagna Oetscher, village situé sur la rive droite de l’Oder, à proximité des ponts; ce fut d'une chaumière de ce hameau qu'il écrivit à Finckenstein (1) un billet où il ne faisait aucun mystère de l'étendue du désastre : « Notre perte est très considérable; d’une armée de 48.000 hommes, je n’en ai pas 3.000. Dans le moment que je parle, tout fuit et je ne suis plus maitre de mes gens. On fera bien à Berlin de penser à sa sûreté. C'est un cruel revers. Je n’y survivrai pas; Les suites de l'affaire seront pires que l’affaire elle-même, Je n'ai plus de ressources, et à ne point mentir, je crois tout perdu; je ne survivrai point à la perte de ma patrie. Adieu pour jamais. » Le lendemain matin, nouvelle lettre (2) au
ministre pour l’engager à se retirer à Magdebourg : « L'en-
(1) Frédéric à Finckenstein. Oetscher, 13 août 1759. Correspondance politique, XVHI, p. 481.
(2) Frédéric à Finckenstein. Oetscher, 13 août 1759. Correspondance politique, XVII, p. 482.
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nemi peut être à Berlin dans deux ou trois jours; vous y enverrez tout ce que vous jugerez devoir, et vous ferez savoir sous mains aux gens aisés de s’en aller pendant ce temps de crise, avec leurs meilleurs effets et capitaux, à Hambourg. »
Dès la matinée du 13 août, les généraux prussiens essayèrent de remettre quelque ordre dans la troupe, qui n'était qu'un ramassis confus de soldats appartenant à toutes les armes et à tous les corps; à quatre heures de l'après-midi, le passage de l'Oder, jusqu'alors rigoureusement interdit, fut commencé ; il s'accomplit sans être troublé par l'ennemi. Aussitôt l'opération achevée, les ponts furent repliés et les débris de l’armée campèrent sur les hauteurs de Reitwein. Ici, soit que sa constitution physique n’eût pas pu supporter le contre-coup des émotions de la journée de Kunersdorf, soit que l’affaiblissement du moral eût fait renaître les idées de suicide qui le hantaient dans les heures d'abattement, Frédéric prit la résolution de céder le commandement de l'armée au général Finck, celui de ses lieutenants présents et valides qui lui inspirait le plus de confiance. Le ton des instructions rédigées pour Finck laisse voir (1) le plus profond découragement. « L'armée infortunée, dans l’état où je la lui remets, n’est plus en situation de se battre avec les Russes. Hadick va se hâter d'aller à Berlin, peut-être Laudon aussi. Si le général Finck les suit, les Russes lui viendront à dos; s’il reste sur l'Oder, il attirera Hadick de ce côté. Étant données les circonstances, je crois que, si Laudon se décide pour Berlin, on pourra l’attaquer en route et le battre. Un événement de ce genre, pourvu qu'il tourne en notre faveur, serait un point d'arrêt dans nos malheurs, et suspendrait le cours des affaires. Du temps gagné est beaucoup dans les
(1) Instructions pour Finck, sans date, Correspondance politique, XVII, p. 483. L'éditeur de la correspondance attribue à cette pièce la date du 13 dans l'après-midi ou du 14 août dans :2 matinée.