INACTION DES RUSSES APRÈS LA BATAILLE
l'ordre partout. Ces besognes absorbèrent beaucoup de temps, car une semaine après l'affaire, Mesnager parle (1) encore du transport des blessés et de l'artillerie comme retardant la poursuite des Prussiens. Cependant il s’agissait de voir quel fruit on tirerait de la victoire, et pour eela l'entente entre les généraux en chef devenait de plus en plus indispensable. Apparemment le maréchal Daun prit les devants pour les pourparlers avec Soltikoff, qui se continuèrent presque journellement; le premier messager fut le prince Lobkowitz, venu dès le lendemain de la mêlée apporter les félicitations de l'État-major autrichien, puis lui succédèrent Hadick, qui était à Müllrose depuis le {# avec une fraction de son corps, enfin Lasey, le quariier-maître générai de la grande armée. Ce dernier débarqua au camp de Soltikoff Le 15 et lui soumit le programme de son chef; il consistait à se porter avec toutes ses forces en Silésie, et à entreprendre le siège des forteresses de Brieg et de Neïsse; on demanduit aux Russes de couvrir cette opération dans la partie du Brandebourg, et de faire des démonstrations sur Berlin de manière à occuper le Roi et l'empêcher de secourir les places attaquées. Soltikoff qui, à cette époque, était tout à fait opposé au mouvement sur la Silésie, et qui avait écrit dans ce sens à sa cour, voulut attendre la réponse avant de s2 prononcer; il pria Daun de lui accorder une entrevue personnelle, qui fut fixé à Guben au 2% août.
Sur ces entrefaites, l'armée russe chassée de Kunersdorf par les miasmes du charnier qu'était devenu son ancien camp, avait suivi le corps de Laudon sur la rive gauche de l’Oder, et avait pris position près de Lassow, ne laissant sur la rive droite que Todleben et sa cavalerie légère pour garder les communications avec Posen. Daun,
\1) Mesnager à Belleisle. Lassow, 19 août 1759. Arch de la Guerre, vol.
de son côté, avait transporté son quartier général de Priebus à Triehel, de manière à se repprecher des Russes dont il était, malgré cette marche, encore éloigné d'environ 90 kilomètres.
Quand les deux généraux se rencontrèrent à Guben, on avait déjà gaspillé douze jours des plus précieux; on allait en perdre bien davantage. Montazet, dans une dépêche du 15 août (1), cherche à expliquer le « commencement de campagne au-dessous du modeste » des Autrichiens; il n'est guère plus ambitieux pour le reste de la saison. Après avoir constaté « par tous les rapports qui nous viennent journellement qu'il (le roi de Prusse) n’a jamais été si fortement battu que dans cette dernière occasion, » 1l ajoute : « Pour moi je ne vois rien de mieux à faire aujourd’hui que de ne point quitter de vue les Russes, et de commencer par dévaster le Brandebourg. L'on pourrait en même temps dégager Dresden, puisque personne ne le défend. Ces deux objets remplis, je marcherais avec la plus grande partie des forces russes et autrichiennes en Silésie; je la parcourrais depuis Crossen jusqu'à Neisse, en prenant hommes, bestiaux, etc., st brülant les magasins du Roi dont je ne pourrais faire profit. J'irais ensuite m'asseoir devant Neisse pour en faire le siège, et ma campagne finirait par cette opération... Voilà en gros, monseigneur, ce que je crois de plus utile, et où il y a le moins d'accidents à craindre. Il s'agit de savoir si les Russes voudront se prèter à nos besoins, maïs je pense qu'il faut en tirer parti à quelque prix que ce soit, puisque nous les tenons; et ce n’est qu'en ne les perdant point de vue, que nous parviendrons à notre but. »
Cinq jours après, autre lettre (2); Lascy est revenu de sa
(1) Montazet à Belleisle, Priebus, 15 août 1759. Archives de la Guerre, 3520,
(2) Montazet à Belleisle. Triebel, 20 août 1759. Archives de la Guerre,