FRÉDÉRIC ARRIVE DEVANT OLMUTZ
ligne de démarcation, prête à donner l'alerte en cas de danger. Du côté de la Moravie, rien de semblable; peu ou pas de troupes äans la province, et à l'exception d'Olmütz, aucune forteresse pour faire obstacle au roi de Prusse. Ce monarque ne se bornerait-il pas à laisser une division, voire même une brigade de cavalerie pour masquer la place, et ne marcherait-il pas directement sur la capitale, sauf à livrer bataille à Daun, si celui-ci se mettait en travers? Au surplus, le maréchal était-il en état de se mesurer avec le Roi, à qui on attribuait, selon l’habitude, en pareille occurrence, plus de soldats qu'il n’en avait en réalité? D’urgence, des mesures furent adoptées pour la défense de Vienne : afin d’y attirer les approvisionnements, la perception de l'octroi fut suspendue; la marche des Saxons du corps auxiliaire destinés à l’armée du Rhin fut arrêtée; un appel fut adressé aux Hongrois; sous les murs de la ville on fit les préparatifs d’un camp dont le principal élément serait fourni par 3.500 Toscans, en route pour rejoindre. A la vue de ces dispositions militaires, les ministres étrangers (1) s’inquiétèrent et demandèrent à leurs gouvernements des instructions pour le cas, devenu très probable, du départ de la Cour. Les esprits furent, il est vrai, un peu rassurés par le bruit, d’ailleurs faux, de l’entrée des Russes en Silésie, et par l’arrivée de l'armée &es Cercles à Egra, en Bohème, où elle venait donner la main à Serbelloni; mais la panique reprit de plus belle le 17 mai, quand on vit accourir des fugitifs de Brünn, avec la nouvelle, fort exagérée, de la défaite et de la retraite du général de Ville.
S'il partagea les émotions du public, le cabinet de Marie-Thérèse, bien loin de l'avouer, s’efforca d'assumer un ton qui füt de nature à remonter le moral de son général et de ses soldats : il ne dissimule pas (2) son opinion,
(1) Ruzzini au Sénat, 6, 10 et 17 mai 1758. Archives de Venise. (2) Cabinet de l’'Impératrice à Daun, 6 mai 1758. Archives de Vicnne,
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que l'objectif de l'adversaire pourrait bien être le Danube, sa crainte qu’il ne cherche à devancer le maréchal Daun, en se portant à Marisch Trebau, et même à Leutmischl; mais il se console en pensant à la forte garnison d'Olmütz, au corps encore intact de Ville, à la marche sur Leutmischl du gros de l’armée précédé par l'avant-garde de Laudon. Ces forces réunies devront tenir tête au roi de Prusse dont les #7 bataillons n’ont qu’un effectif moyen de 500 hommes; aussi la dépèche se termine-t-elle en déclarant que l'apparition de l'ennemi sous Olmütz est plus à désirer qu'à redouter. Quand on sut que le but immédiat de Frédéric ne dépassait pas la prise de la forteresse, une conférence (1) eut lieu, sous la présidence de Marie-Thérèse; on y discuta les instructions à donner au maréchal Daun eton finit par se mettre d'accord sur les points suivants qui furent approuvés par la souveraine (2) : Nécessité de secourir la place, même au prix d’une bataille; latitude laissée au commandant en chef de choisir le moment le plus propice pour risquer l'aventure.
Tout en respectant l'initiative de son général, l’Impératrice avait ajouté que la tentative aurait plus de chances de réussite quand Frédéric serait empèêtré dans les travaux du siège. Or ce siège n'était mème pas commencé; le train d'artillerie, retardé par l’état des routes et par les précautions contre les coureurs ennemis, ne fut complètement rendu devant Olmütz que le 20 mai. En attendant, les Prussiens avaient cherché à établir le blocus sur les deux rives de la Marsch; à cet effet, la cavalerie de Ville avait été refoulée dans la direction de Brünn, et l’armée royale avait été distribuée autour de la place, de manière à couvrir le corps de Keith et à sauvegarder les communications avec la Silésie sur lesquelles on n'était pas
(1) Voir au sujet de la conférence Arneth, Marie-Thérèse, vol. V, p. 363 et suivantes.
(2) L'Impératrice à Daun, 15 mai 1758. Archives de Vienne.