FRÉDÉRIC MARCHE VERS L'ODER ET DAUN VERS LA LUSACE
vie; le 11 août, il se mit en route pour aller au secours de Dohna. Deux jours plus tôt, le 9 août, le maréchal Daun avait commencé, comme le prévoyait Frédéric, son mouvement vers la Lusace.
Pour les Prussiens, le début de la campagne n'avait pas été heureux; il est vrai, leur armée principale n'avait pas subi de défaite; aux échecs de Domstadtl et d'Olmütz ils pouvaient opposer la prise de Schweiïdnitz et la belle retraite de Bohème, mais il n’en était pas moins exact que la situation réciproque des beiligérants s'était sensiblement modifiée depuis le mois d'avril. À ce moment, le Roi pouvait revendiquer la supériorité matérielle et morale sur son adversaire, dont les troupes, encore saignantes des désastres de la fin de 1757, n'étaient, ni comme quantité, ni comme qualité, en état de lutter contre lui Après plus de 3 mois d'opérations, la balance était renversée; c'était à l’armée de Daun qu'appartenaient et l’avantage du nombre et le prestige du succès. En Moravie, si Frédéric ne fut pas servi par les circonstances, il faut reconnaitre qu’il ne déploya pas, pour réparer les coups de la fortune, ses talents habituels. Pendant la première période du siège, il ne mit à la disposition de Keith que des moyens insuffisants, tant en bras qu'en munitions: plus tard, il ne prit pas les précautions indispensables pour la sauvegarde du convoi, et se laissa amuser par Daun qui put, à la barbe des Prussiens, détacher la division Sziskovitz et exécuter lui-même sa marche de flanc sur Gross- Teinitz. L’Anglais Mitchell était bien l'interprète des critiques de l'armée quand il écrivait (1) : « On applaudit beaucoup la conduite du maréchal Daur : il a complètement trompé le roi de Prusse; il a eu l'audace de faire traverser à toute son armée les bords marécageux de la rivière Mo-
(1) Mitchell à Holdernesse, particulière et secrète. Künigyrälz, 16 juillet 1758. Newcastle Papers.
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rawa (Marsch) près de Tobitschau pour aller à Prerau, sur quatre ponts de bateaux, et cela devant les Prussiens qui étaient campés à un mille de distance. Il a lanterné Sa Majesté prussienne au moyen de fausses alertes à Kostelitz et à Prossnitz, les 28, 29 et 30 juin, pendant que ses troupes marchaient. » A partir de la relève d'Olmütz, les rôles changent; Frédéric se ressaisit; coupé de sa base, il en improvise une autre, vit aux dépens de l'ennemi dont il enlève les magasins, emmène avec lui son bagage, son artillerie, ses malades, tient tète partout aax Impériaux et transforme en campagne offensive ce qui aurait pu être une débâcle. Daun, vigilant, habile pendant le siège, une fois Olmütz délivré, s'endort sur ses lauriers; comme après la bataille de Kolin, il s'attarde dans ses lignes, laisse prendre de l'avance à son adversaire, le suit à distance et ne fait pas le nécessaire pour gêner, pour harceler ses mouvements. Lent, exagérant le sang-froid jusqu'au flegme, le maréchal de Marie-Thérèse, pareil à un général de l'antiquité dont il était loin d’ailleurs de partager le génie, prouva que s'il savait vaincre, il ne savait pas profiter de la victoire.
Montazet, fin observateur, voyait juste dans les appréciations qu’il transmettait à Stainville (1) au lendemain de la levée du siège d'Olmütz : « M. le maréchal a le talent de se servir à merveille des ouvriers qu'il a. C'est une des grandes qualités d’un générai et des hommes chargés de grandes besognes. Vous savez d'ailleurs le bien que je vous ai dit de sa prudence, de sa sagesse et de son zèle. Il est donc à présumer que si cette armée ne fait pas des choses éclatantes dans le cours de cette campagne, elle en fera du moins de solides et d’utiles telles que la conservation de la Bohème et de la Moravie. Je crois que l’on peut compter sur cela au mens, hors qu'il n'arrive
(1) Montazet à Stainville, 4 juillet 1758. Archives la Guerre, vol. 3478.