FRÉDÉRIC RENTRE EN SILÉSIE
serait forcé, par les progrès des Russes, à sortir de Bohème pour aller à eux, Daun ne voulut pas risquer une attaque qui, après une reconnaissance de la position ennemie, lui parut trop chanceuse. Malgré l'inégalité numérique, Frédéric songea un instant à livrer bataille. « Je suis charmé de savoir l'ennemi entre Dobrawitz et Libischau, écrit-il à Keith (1). Nous pourrons, dans le terrain qu'il a à parcourir, engager une affaire avantageuse. Rien ne pourrait nous arriver de plus à propos dans les circonstances où nous nous trouvons... Je me flatte que cela pourra avoir lieu le 2% ou 25 de ce mois. » A ce billet était joint un mémoire contenant les raisons qui faisaient espérer un succès. Soit après examen plus détaillé du camp de Daun, soit à la suite de nouvelles inquiétantes de l'armée russe, Frédéric renonça à ses projets d’offensive et, le 25 juillet, fit filer ses bagages sur Nachod; les Autrichiens, qui le guettaient de près, s'emparèrent, le même soir, d'un des faubourgs de Küniggrätz et infligèrent des pertes assez sérieuses aux défenseurs. Ce ne fut d’ailleurs qu'un combat d’arrière-garde, car quelques heures plus tard la ville fut complètement évacuée.
Le prince de Ligne rend hommage (2) à la manière dont cette opération fut conduite : « Les Prussiens ne laissèrent dans la ville qu'autant de chasseurs qu'il en fallait, pour que les autres eussent le temps de s'éloigner tou-
jours dans le plus bel ordre. Je voyais ieur dernière co-
lonne, touie mêlée dans les défilés, se débrouiller au plus vite après, se reformer dans l'instant et gagner pays. Les poursuivants rentrèrent chez eux avec beaucoup de fatigue, de poussière et de mécontentement d'avoir si mal
toire de l'état-major prussien ne donnent qu'un total de 28.000, mais le Roi, dans une conversation avec Mitchell, parle de 40.000.
(1) Frédéric à Keith. Opotschno, 21 juillet 1758. Correspondance Polilique, vol. XVII, p. 131.
(2) Prince de Ligne, Mélanges militaires. Campagne de 1758.
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pris leurs ïiesures. » En effet, la rétrogradation de Frédéric vers la frontière de Silésie s'effectua avec méthode et sans autre incident que des escarmouches avec Laudon qui venait d’être promu au grade de général-feld-maréchal lieutenant pour sa victoire de Domstadtl.
C’est au bivouac sur les bords de la Mettau (1), que le roi de Prusse, enfin édifié sur les intentions des Russes, paraît avoir combiné ses projets; il en fait part (2) à son frère le prince Henri : « Depuis dix jours j'ai recu toutes sortes d'avis et de lettres d'où il résulte que les Russes, au lieu d'avancer, se retranchent auprès de Meseritz, que les Suédois ne s'avancent que jusque Ancklam. Ceci m'a obligé à quitter Küniggrätz et de me mettre à petites marches du côté de Landshut. Ce que j'augure des desseins de l'ennemi c'est : primo que Daun, au lieu de marcher sur la Silésie, prendra ou le chemin de Boemisch-Friedland ou celui de Zittau. Pour moi je m'opposerai à lui ou aux Russes, et cela dépend de la proximité qui en décidera. » En post-scriptum il ajoute : « Je crois que Daun marchera en Lusace; j'ai de certains indice. qui semblent le dénoter, quoique cependant je puis me tromper. » Quarante-huit heures après, le 30 juillet, il annonce (3) à Dohna, qui venait de remplacer Lehwaldt à la tète de l’armée de Poméranie, son plan de regagner la Silésie et, après un séjour à Landshut, de le rejoindre avec un renfort de 10 à 12.000 hommes, en passant l'Oder probablement aux environs de Crossen, et de combattre les Russes. Ce fut bien à cette dernière solution que s'arrêta le Roi. Le 9 août, il était de retour au couvent de Grissau, près de Landshut, d’où il était parti pour son expédition de Mora-
(1) Petit affluent de l’Elbe.
(2) Frédéric à Henri. Auprès de la Metltau, 28 juillet 1758. Correspondance
Politique, vol. XVIL, p. 140.
(3) Frédéric à Dohna. Bei der Mettau, 30 juillet 1758, Correspondance
Polilique, vol. XVI, p. 142.