‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 120 sur 361 · CONQUÈTE DE LA PRUSSE ROYALE PAR LES RUSSES · texte numérisé non relu

CONQUÈTE DE LA PRUSSE ROYALE PAR LES RUSSES

n'avait laissé dans la région que deux bataillons de forteresse et quelques pelotons de cavalerie. Ces détachements se relirèrent à l'approche des Russes, et le général Fermor, qui avait ren olacé dans le commandement le maréchal Apraxin disgracié, installa le 24 janvier, à Künigsberg, l'administration moscovite. Le pays fut virtuellement annexé (1); les autorités civiles et ecclésiastiques durent prêter serment d'allégeance à la Tzarine, devenue leur souveraine; les impôts furent recouvrés, la justice rendue en son nom; en un mot, les Russes semblèrent vouloir traiter le territoire comme leur appartenant à titre définitif plutôt que comme une conquête provisoire. A tout prendre, le régime fut doux, le commerce recut des encouragements, les libertés locales furent respectées, les contributions modérées: aussi la docilité des habitants à l'égard &e leurs nouveaux seigneurs parut-elle excessive au monarque légitime, et Frédéric, quand il rentra en possession de son domaine, garda-t-il longtemps rancune à ses sujets de la Prusse orientale d’une soumission jugée trop facile.

Après quelques semaines consacrées à l'organisation de la province, Fermor transporta, le 19 mars, son quartier général à Marienwerder, en pays j lonais (2); maitre du cours de la Vistule, il avait mis des garnisons dans les villes d’'Elbing ct Thorr. et avait entamé, pour l'occupation de Dantziy, des pou parlers qui échouèrent devant la fermeté des magistrats « > cette ville. Il conserva sa position pendant près de trois mois ei ne fit passer ses régiments sur l'autre rive du fleuve qu'au commencement de juin. Les Prussiens ne furent pour rien dans ce retard, car ils n'opposèrent à l’envahisseur qu'un cordon de troupes légères, et les colonnes moscovites arrivèrent à

(1) Voir, sur le régime appliqué par les Russes, Rambaud, Russes el

Prussiens, chapitre vi.

(2) La Prusse occidentale dépendait encore du royaume de Pologne,

— D DE are os ee a

Posen, le 1° juillet, sans autre aventure que des escarmouches entre les cosaques et les hussards royaux; elles y séjournèrent jusqu'au 10, puis se dirigèrent lentement vers le Brandebourg.

Ce début de campagne ne se déroula pas sans murmures contre le généralissime dont on mettait en doute la capacité, ni sans plaintes sur l'administration et la composition de l'armée : le nombre de voitures et de chariots était hors de proportion avec les effectifs; le soldat, à peine nourri, tombait malade; la cavalerie, mal montée, était insuffisante; les services du génie et de l'état-major laissaient fort à désirer; les divisionnaires étaient audessous de leur tâche. « Si l’armée russe, écrivait l’attaché francais Mesnager (1). fait une petite diversion, c’est tout l'avantage qu'on en peut attendre; et si elle reçoit le moindre échec, elle sera totalement détruite. »

Mesnager n'était pas le seul à montrer peu de goût pour le général de la Tzarine; ses collègues de l'étatmajor, l’Autrichien Saint-André, le Suédois Armfeldt, le Saxon Tielke et le prince Charles de Saxe sont tout aussi sévères dans leurs appréciations. Aussi Fermor, qui ne pouvait se méprendre sur le ton des rapports adressés de son quartier général aux cours alliées, demanda-t-il le rappel de ceux qu'il regardait comme ses ennemis personnels (2). D'infortune, si le général en chef était mal vu des représentants des puissances, il n'avait guère plus d'amis parmi les Russes, car originaire des Provinces Baltiques et luthérien de rel'æion, il étair en butte à la méfiance de la plupart de ses lieutenants qui, en leur qualité de moscovites et d'orthodoxes, le considéraient comme un étranger. Au surplus, et à en juger par le portrait que trace de lui le marquis de Lhcepital (3), Fer-

(1) Mesnager au Ministre, 20 juillet 1758. Archives de la Guerre, 3479. (2) Voir la lettre de Fermor à Woronzow. Masslowski, Il, Annexes. (3) Lhopital à Choiseul, 28 février 1759. Affaires Etrangères. Russie.

À lles

Page 1