FORMATION DE L'ARMÉE RUSSE
entrainé par l’heureuse issue de sa tactique et par le mépris qu'il avait pour son ennemi? Fut-il désireux, par une défaite retentissante, de tirer vengeance des actes de cruauté et de sauvagerie par lesquels les Russes, ou du moins les Cosaques, avaient signalé leur invasion? Quel que fût le motif de sa conduite, il ne montra aucun syinptome d’hésilation, et ne parait pas avoir varié, depuis son arrivée à Custrin, dans l'intention de livrer bataille.
Une longue controverse s’est engagée, entre les historiens militaires, au sujet de l'ordre dans lequel l’armée russe était rangée au commencement de l'affaire. De nombreux écrivains, e£ parmi eux l'ingénieur saxor Tielke, qui 2‘ compagnait son prince et assistait à l'action, affirment que Fermor, se conformant aux méthodes en usage pendant les guerres contre les Turcs, avait disposé ses troupes en carré. Masslowski, au contraire, s'appuie sur les documents empruntés aux archives de Pétersbourg pour réfuter ce qu'il appelle une légende et s'évertue à prouver que Fermor n'eut pas recours à une formation, excellente peut-être contre les hordes barbares, mais des plus défectueuses alors qu’elle est exposée au feu de mousqueterie et d'artillerie d’une armée européenne. Cependant, il est difficile de négliger les affirmations des officiers prussiens, de spectateurs comme l'Anglais Mitichell ou le lecteur Catt, du Roi lui-même, qui parlent des troupes moscovites comme réparties sur # lignes et rangées en carré. Que les Russes aient ainsi passé la nuit du 2% ou 25, cela parait hors de doute. Conservèrent-iis cet ordre de bataille pendant la journée du 25? cela semble peu probable, Aussi sommes-nous enclin à nous rallier aux conclusions des critiques qui cherchent à convilier les assertions divergentes. Averti de grand matin du mouvement des Prussiens, Fermor, jusqu'alors incertain sur le point de l'attaque, se rendit bientôt compte qu'elle serait dirigée de la plaine de Zorndorf; il fit exécuter à ses régiments une con-
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tremarche de manière à faire face au sud et distribua son *anon sur le nouveau front, mais il laissa en place les bataillons qui garnissaient les petits côtés de l’ancien rectangle. Ces unités se trouvèrent donc entre les deux lignes d'infanterie dont elles doublaient la profondeur sur chacune des ailes, La cavalerie fut postée derrière l'infanteric et les intervalles de celle-ci furent occupés par les réserves de chaque corps et par Le reste des équipages légers dont une partie seulement fut évacuée sur Quartschen. Vue des environs de Zorndorf, l’armée russe paraissait constituer une masse dont les échelons s’étageaient l'un derrière l’autre et produisait, par l’accumuiation de 36.000 fantassins sur un front de {rois kilomètres et demi et dans un espace resserré, l'impression d'un carré ir:
gulier, Par la nature du terrain, les Russes étaient divises en trois groupes principaux, leur aile droite sur le plateau du Fuchsberg, l'extrémité touchant au Zubergrund; le centre et une partie de la gauche sur les hauteurs, entre le Galgengrund et le Doppelgrund; l'extrême gauche au delà de ce bas-fond, jusqu'à Zicher, avec quelques bataillons en garde-flanc à proximité de ce village.
A huit heures du matin (1), les Prussiens avaient gagné les derrières de Zorndorf et de Wilkersdorf; l'infanterie, en trois divisions, était sous les ordres du prince Maurice de Dessau ; une avant-garde de 8 bataillons, sous le général Manteuffel, que nous avons vu se distinguer à la bataille de Prague aux côtés du vieux Schwerin; la première ligne,
(1) Le récit de la bataille est tiré des ouvrages et pièces suivantés : Geschichte des Sieber'ahrigen Krieges von des Grossen Generalstab. — Journaux de Mitchell et de Catt, — Masslowski, Der Siebenjähriae Krieg nach russischer Darsiellung. — Rambaud, Russes el Prussiens. — Immich, Die Scalucht bei Zorndorf. — Rapports de Saint-André. Archives de Vienne. — Journal d? Mesnager. Archives de la Guerre. — Tieike, Campagnes de 1756 à 1769, — Fr. v, Wengen, Deutsche Heeres-Zeitung. serlin, Marz, 1894. — Major v. Unger, Beiheft =. Mililar Wochenbl, Qui. — Oberst v. Etzel, Berlin, 1858, etc., etc. Voir la carte à la fin du volume.
ATTAQUE DU FUCHSBERG. 265
forte de 20 bataillons, conduite par les généraux Dohna et Kanitz; la seconde, de 10 bataillons, aux ordres de Forcade; #0 escadrons soutenant l'aile gauche, 12 servant de flanqueurs à la droite; tout à fait à gauche, à la lisière du bois de Drewitz, était une réserve de 31 escadrons, cuirassiers et hussards, sous le commandement de Seydlitz, le héros de Rosbach. L'action commença par une canonnade qui dura une heure. Le Roi avait établi, au nord de Zorndorf, deux batteries de vingt et quarante pièces qui ouvrirent un feu des plus vifs. Les Russes, qui avaient à leur droite une grande partie de leur matériel (1), y répondirent de leur mieux, mais le tir concentré des batteries prussiennes fut plus efficace; les projectiles, pénétrant dans la masse profonde, enlevaient plusieurs files à la fois: le récit de Tielke parle d’un boulet de canon qui aurait couché jar terre #2 hommes d’un régiment de grenadiers. Sous la protection de leur artillerie, les troupes royales s’avancèrent à l'assaut; la poussière et la fumée des maisons de Zorndorf, que les Cosaques avaient incendiées en se retirant, chassées par le vent dans la direction des Russes, leur cachaient le mouvement des Prussiens, mais empêchaient ceux-ci de voir soit ennemis soit camarades. De là une certaine confusion dans l'exécution de la manœuvre ordonnée par le Roi. Obligé de renoncer à l'idée de tourner l’extrème droite de Fermor qui s'appuyait sur les bas-fonds marécageux du Zubergrund, Frédéric s'était décidé à diriger une attaque directe contre le Fuchsberg ; au premier choc était affectée l'avant-garde de Manteutfel que seconderait l'aile gauche de la première ligne commandée par Kanitz, tandis que la droite refusée resterait inactive. Mais ce général, ne pouvant traverser Zorndorf en flammes, dut faire défiler ses bataillons en dehors
(1) Decker Emploi de l'artillerie pendant la Guerre de Sepl Ans. Traduction française. Paris, 1839.
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du village, puis arrivé dans la plaine, il inclina trop à droite, et en définitive, en place de doubler la division de Manteuffel se déploya à la droite de ce dernier. De ce fait, l'infanterie prussienne, au lieu d’une oblique dont l'extrémité gauche aurait été fortement renforcée, prit l'aspect d’un long et mince ruban parallèle à une partie de la position moscovite et s’en écartant au fur et à mesure qu'elle gagnait vers la droite.
Sans soutien, très éprouvés par la fusillade et par la canonnade, les 8 bataillons de l'avant-garde n'allèrent plus de l'avant et commencèrent à flotter; Fermor s'aperçut de cette hésitation et les &: aborder par la cavalerie de Marvinof. La charge eut un plein succès; la division Manteuffel se replia en désordre, entraînant dans son recul les 7 bataillons les plus rapprochés de la division Kanitz. Les fuyards se mirent à l'abri derrière Zorndorf et Wilkersdorf; quelques-uns coururent jusqu'à Batzlow et la forêt qui avoisine ce village. De son côté, l'infanterie russe, lasse de l'attitude passive qu'elle avait conservée jusqu'alors, voulut achever la débandade
des Prussiens et se jeta à leurs trousses en poussant des
cris de triomphe. Mal lui en prit, car mise en confusion par son élan victorieux, elle ne put résister à l'assaut de la cavalerie royale. Celle-ci, qui suivait de loin la marche en avant, avait volé au secours de son infanterie battue; le prince Maurice, à la tète de ses dragons, avait repoussé les escadrons russes; de son côté, Seydlitz avec la grosse cavalerie, gendarmes, gardes du corps et cuirassiers, avait trouvé le moyen de franchir le Zubergrund et s'était lancé contre les fantassins russes que les hussards de Zieten et de Malachowski prenaient en flanc.
C'est à cet émisode de la matinée que se rattache l’anecdote plus où moins légendaire d'après laquelle, aux ordres réitérés du Roi de faire donner ses escadrons, et à la menace qu'il paierait de sa tête toute désobéissance, Seyd-