‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 131 sur 361 · BATAILLE DE L'APRÈS-MIDI · texte numérisé non relu

BATAILLE DE L'APRÈS-MIDI

telle était l'opération qui, dans l'esprit de Frédéric, devait achever la destruction de l’armée de Fermor. La gauche des Russes, composée du corps de réserve du général Browne, s'étendait depuis le plateau central jusqu'au village de Zicher; pour agir contre elle, le Roi devait se servir de son aile droite, refusée jusqu'alors, et formée de ses bataillons les plus solides, ceux qu'il avait amenés avec lui de Silésie. Les préparatifs prirent du temps, et il y eut dans l'engagement un intervalle qu'on employa, de part et d'autre, à disposer, pour le nouveau choc, les troupes encore intactes ou ralliées, car de l'avant-garde de Manteuffel et de l'aile droite moscovite, il ne fut plus question pendant le reste de la journée.

Quand Frédéric se rendit, vers une heure de l'après-midi, à son aile droite, il était encore, malgré tout son sang-froid, sous l'impression de la déroute des divisions Manteuffel et Kanitz; il fut reçu par le prince Maurice qui essaya de lui remonter le moral en le félicitant bruyamment des succès obtenus et en criant victoire. En prolongement de la ligne d'attaque constituée, comme nous venons de le dire, avec la droite prussienne, se rangèrent tant bien que mal les régiments de la division Kaniiz à peine remis de leur échec récent ; la cavalerie suivit sur les ailes et servit de réserve. Pour préparer l'assaut, Frédéric, renouvelant sa tactique de la matinée, fit placer en avant de Wilkersdorf deux batteries de grosse artillerie.

Ce mouvement était à peine ébauché et le feu recommencé, que les cuirassiers russes de Demicoude (1) apparurent sur le champ de bataille; en un clin d'œil, ils enlevèrent ur.: des batteries royales, fireni mettre bas les armes au bataillon de soutien, enfoncèrent un bataillon du régiment Prince de Prusse, et ne furent arrêtés dans

(1) Quelques récits font intervenir ce général dans la charge faite le matin par la cavalerie russe. Dans l'ordre de bataille, Demicoude est placé à l'aile gauche de l’armée moscovite.

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leur course audacieuse que par le feu du second bataillon de ce corps. A leur tour, les dragons prussiens accoururent, refoulèrent les cavaliers de Demicoude, reprirent les pièces et délivrèrent le bataillon prisonnier.

A partir de cet épisode, les phases de l’action deviennent très confuses. Nous ne suivrons pas les critiques allemands dans les efforts qu’ils ont tentés, non sans quelque semblant de succès, pour concilier les récits nombreux et contradictoires de li dernière partie de la bataille. Pour nous en tenir aux grandes lignes, il parait acquis que la rencontre de cavalerie que nous venons de déer re fut le prélude d'une offensive générale de l'infanterie de Browne. Ce mouvement eut pour résultat la prise de l’autre batterie prussienne et la débandade des bataillons qu'on avait eu tant de peine à rallier. Les débris de ces corps allèrent se réfugier à Wilkersdorf, à Batzlow, dans la forêt, et jusqu'aux ponts du Mietzel. En vain le Roi en personne, saisissant un drapeau, essaya-t-il de les ramener au feu; il fut impossible de leur faire quitter l'abri du village de Wilkersdorf:; les chefs mêmes ne furent pas tous à la hauteur de leur tâche, car l’un d'eux, le général Rautter, fut, quelques jours après l'affaire, renvoyé de l’armév en disgrâce.

Le salut de la journée fut dû à la belle conduite des neuf bataillons de la droite entrainés par le prince Maurice, à la bravoure de la cavalerie et au coup d'œil des généraux de cette arme. Seydlitz eut certainement une grande part aux charges de l'après-midi, mais il semble douteux qu'il ait joué le rôle exclusif et prépondérant que lui ont attribué des admirateurs trop zélés.

Partout, dans la plaine, les scènes de la matinée se renouvelèrent; les fantassins russes donnèrent le même spectasle d’intrépidité tenace; les combattants, trop mélés les uns aux autres pour tirer, ne se battirent plus qu’à larme blanche, sabre contre baïonnette. Enfin la supé-

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