INQUIÉTUDE DU PRINCE HENRI
Ni ce général, à qui le Roi son frère avait remis la défense de la Saxe, ni les autorités prussiennes, ne se faisaient illusion sur l'extrême danger qui les merucçoit. Dès le 23 août, Borcke, directeur de l'administration prussienne en Saxe, manifestait (1) son appréhension de voir tomber entre les mains des alliés les places de l’Elbe « qui toutes ne sauraient tenir huit jours... Il n'y a donc qu'une protection bien marquée de la Providence qui pourra nous tirer du labyrinthe et du margouillis où nous nous trouvons ». Dresde était à la merci d’une surprise (2) : « La cour d'ici, qui est notre meilleur rempart, empèchera bien qu'on n'assiège Dresden dans les formes, craintes du feu, mais il y a à craindre qu’on emporte la ville par un coup de main... les fortifications étant assez mauvaises et la garnison composée la moitié de Saxons peu propres à s'y confier. » Le prince Henri lui-même était fort découragé : « Je suis depuis huit jours, écrivait-il (3), le soir du 3 septembre, aux ministres Podewils et Finckenstein, dans une situation des plus critiques et des plus embarrassantes, d'autant plus que depuis la dernière lettre du Roi, par laquelle il m'annoncait sa victoire sur les Russes, je suis sans avoir eu la moindre nouvelle ni directe, ni indirecte de sa part, ne sachant pas où il est, s’il a poursuivi les Russes ou s’il a pris son chemin vers la Lusace pour s'opposer au feld-maréchal Daun qui s'avance à grands pas. Le quartier général est à Künigsbruck et son avantgarde à Radeburg. Il parait, par sa position, qu'il veut élablir un pont à Meissen, passer l'Elbe et tenter un coup et sur Dresde et sur Torgau. Le prince de Deux-
(1) Borcke à Podewils et Finckenstein. Dresde, 23 août 1758. Saxonia. 1758-59. Gch. Staats Archives. Berlin.
(2) Borcke à Podewils et Finckenstein. Dresde, 1°" septembre 1758. Gch. Staats Archives. Berlin.
(3) Prince Henri à Finckenstein. Seydlitz, 3 septembre 1758. Gch. St. Archiv. Berlin,
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Ponts, renforcé par plusieurs bataillons et escadrons de l'armée de Daun, a élargi son camp du côté de Struppen ; Hadick campe vis-à-vis de moi et Dombale à ma droite, de sorte qne je suis entouré d’ennemis beaucoup supérieurs en force, sans savoir ce que fera le Roi. Je n'ay pas non plus la moindre nouvelle du margrave Charles; il m'a écrit le 18 du mois passé de Grissau, en me mandant qu'il marcheroit à Loewenberg, depuis ce temps j'ignore absolument où il est et ce qu'il fait. » Plus la saison s'avançait et plus l’inaction des alliés paraissait inintelligible. « Il semble tenir du miracle, écrit Borcke (1), qu'une armée aussi formidable, de 62 bataillons et 92escadrons, se tienne huit jours les bras croisés sans rien entreprendre pour leur bien ou notre désavantage, à quoi celle avait des occasions qui m'ont fait trembler. »
On ne saurait mieux expliquer le miracle dont parle le directeur prussien qu’en mettant en scène le maréchal autrichien, que sa lenteur systématique et sa crainte de responsabilité avaient empêché de profiter des faveurs de la fortune. De la conférence du 10, Montazet nous a laissé un compte rendu des plus vivants (2), où il fait parler successivement les membres présents sans, bien entendu, s'oublier lui-même. Daun prit la parole le premier : « J'avais fait Le projet, comme vous savez, de passer l’Elbe demain à la pointe du jour entre Pirna et Dresden... dans l'intention de prendre en dos M. le prince Henri qui campe sa droite à Maxen et sa gauche vers Gamig, tandis que l'armée de M. le prince de Deux-Ponts l’attaquerait en tête et que le corps de M. Hadick se porterait sur son flanc droit. Le projet me paraissait excellent. En conséquence tout est disposé pour jeter des ponts cette nuit, et pour faire marcher l'armée aujourd'hui à 3 heures après-
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(1) Borcke à Finckenstein, 6 septembre 1758, Gch. Staats Archives, Berlin. (2) Montazet à Belleisle. Stolpen. 10 septembre 1758. Archives de la Guerre,