DAUN LAISSE ÉCHAPPER LE PRINCE HENRI
fut convoqué, mais seulement le 10 septembre. Il est vraiment difficile de comprendre les motifs de ce retard. Le maréchal avait été informé, le 31 août, de la bataille de Zorndorf; quelques jours après, un officier qui avait été témoin de l'affaire (1) vint en rapporter les détails et inspirer des doutes sur l'étendue de la victoire que les Prussiens prétendaïent avoir remportée. Très au courant des procédés de Frédéric, contre lequel il faisait la guerre depuis longtemps, l'état-major autrichien devait savoir qu'il reparaitrait sur le terrain de la lutte engagée en Saxe. Évidemment, ce retour demanderait du temps pour les étapes à parcourir, sans compter les jours de repos qu'on ne refuserait pas à des troupes éprouvées par les fatigues de la route et du combat; mais en attendant la rentrée des vainqueurs de Zorndorf, il était prudent de prévoir l’arrivée prochaine d’une partie du corps laissé en Silésie, ou tout au moins de la division qui était entre la Neisse et la Sprée. Chaque heure était précieuse, car en ajournant l'opération contre le prince Henri, on risquait de perdre ou de diminuer la supériorité numérique qu’on possédait sur lui. Ce dernier ne pouvait mettre en ligne que 30.000 hommes au plus, tandis que, du côté de l'impératrice, si on additionnait aux 45.000 hommes de Deux- Ponts les 35.000 que Daun avait : menés de Gürlitz, on aurait des forces presque triples à lui opposer. La cour de Vienne était si imbue de la nécessité de profiter de la situation, qu'elle insista avec énergie pour une action immédiate. Dans une dépêche du 2 septembre (2), après avoir parlé de la défaite des Russes que confirmaient les avis les plus récents, le cabinet de l'Impératrice écrivait : « Comme dans ce cas le Roi ne perdra pas un instant pour
(1) Montazet à Belleisle. Stolpen, 13 septembre 1758. Archives de la Guerre. Allemagne. 3482.
(2) Cabinet de l’Impératrice à Daun, 2 seplembre 1758. Archives de Vienne.
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se retourner avec son armée contre vous, vous vous rendez compte par vous-même combien il serait au plus haut point avantageux, même indispensable, d'activer le plus possible votre coup contre le prince Henri et la ville de Dresde, et si cela est possible, de mener à bout cette entreprise avant que le Roi puisse accourir en Saxe porter secours à son frère et interrompre vos opérations. » Cette invitation dut parvenir au quartier général de Stolpen le 5, au plus tard le 6 septembre, par l'entremise de M. d’Haugwitz, venu ce jour de Vienne. Par la même occasion, Daun reçut avis de l’arrangement secret concerté entre les cours de Varsovie et de Vienne pour lui livrer la forteresse de Künigstein avec son artillerie. La lettre de Bruhl (1), qui annonçait le consentement du roi de Pologne, ajoutait prudemment : « Le maréchal Daun réservera cet ordre pour le moment de la dernière nécessité » et stipulait « que l’on évitera, dans l'exécution, jusqu'aux apparences qui pourraient le faire soupconner et que les alliés du roi se chargent eux-mêmes du blâme que l'ennemi commun s’efforcera indubitablement de jeter en entier sur Sa Majesté ». Tout paraissait donc prêt pour une tentative sur Dresde; cependant, le conseil de guerre ne fut convoqué que le 10 (2), et entre cette date et celle de l’arrivée de Daun dans la banlieue de Dresde, il n’y eut d’autre incident militaire que la prise de Sonnenstein par l’armée des Cercles. Ce château, situé au bord de l’Elbe, possédait des casemates et des fossés taillés dans le roc, mais il était commandé par les hauteurs voisines; aussi, après un bombardement de quelques heures, la garnison se rendit-elle prisonnière; elle était forte de 1.400 hommes environ. Le prince]Henri ne put rien faire pour secourir la place.
(1) Bruhl à Fleming. Varsovie, 28 août 1758. Archives de Vienne. (2) Le prince de]Ligne prétend qu'une journée fut perdue par suite d'une revue donnée en l'honneur de M. d'Haugwilz.