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vous voulez faire, faites-le vite. L’ennemi est à un quart de mille de moi, et qui sait même ce qui se passera demain? »
La force d'âme de Frédéric était d'autant plus méritoire qu’il venait d'apprendre la mort de sa sœur favorite, Wilhelmine, margrave de Baireuth, qui, par u”e étrange coïncidence, avait succombé, après une courte maladie, le jour même du désastre de Hochkirch. Il faut lire dans les souvenirs de Catt (1) le récit des journées qui suivirent la bataille ; sans doute il ne convient pas de prendre à la lettre la scène de l'après-midi du 1% octobre, où il nous montre le Roi, à peine descendu de cheval après sa défaite, déclamant des vers de « Mithridate » arrangés pour la circonstance :
Je suis vaincu, Daunus à saisi l’avantage D'une nuit qui laissait peu de place au courage. Mes soldats presque nus, dans l’ombre intimidés.….
Mais tout en supposant, de la part du lecteur de S. M. prussienne, quelque exagération de décors à l'effet de grandir l'importance de son rôle de confident, il est impossible, en feuilletant « les entretiens », de ne pas retenir comme authentiques beaucoup des propos relatés. Frédéric, esprit des plus cultivés, très versé dans la littérature francaise, doué d’une mémoire des plus sûres, possédait admirablement nos classiques et se reposait volontiers des fatigues de la politique et de la guerre en lisant ou en citant ses auteurs favoris. En d’autres occasions, il passait ses soirées à écrire des pièces de vers, des oraisons funèbres, voire mème des sermons. C’est ainsi que, par des exercices intellectuels tout à fait étrangers à ses soucis journaliers, cet homme extraordinaire savait retrouver son ressort et retremper son âme très sensible, en dépit de l'extérieur froid et du maintien sarcastique, aux sentiments de l’amitié et de la douleur.
(1) Catt, Mémoires, p.188 et suivantes. Journal, p. 374 et suivontes.
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