‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 163 sur 361 · DAUN ATTAQUE DRESDE · texte numérisé non relu

DAUN ATTAQUE DRESDE

et quelques escadrons sous le commandement d'Itzenplitz ou plutôt de son collègue moins ancien Finck, qui correspondait directement avec le Roi. Dohna, libéré de sa faction par la retraite des Russes, avait recu ordre d'opposer 7.000 hommes sous Manteuffel aux Suédois et, avec le reste de son corps de se porter sur l’'Elbe. Wedell, également rappelé de sa mission contre les Suédois, était déjà en route pour Torgau; mais ces généraux étaient encore loin et le péril devenait des plus imminents.

Finck se montra à la hauteur des circonstances; il ne se laissa pas tromper par la démonstration du duc de Deux- Ponts. Bien stylé sur la nécessité de conserver Dresde à tout prix, il se rapprocha de la capitale et vin! camper à Pestewitz et Kesselsdorf; puis, pour gagner du temps, il répandit très habilement, dans le public intéressé, la décision qu'il avait fait prendre en conseil de guerre d'abandonner Dresde à son sort, après en avoir renforcé les défenseurs, et de remonter le cours de l’Elbe. Daun, averti par ses amis de Dresde, ne bougea pas, et se borna à diriger Hadick sur Meissen pour inquiéter les Prussiens et accélérer leur retraite. Grâce à ce répit, Finck put jeter un pont en aval de la ville, y faire entrer sa grosse artillerie et se préparer à secourir, avec son corps d'armée, la garnison du général de Schmettau, composée de 7 bataillons et de 500 convalescents. La place de Dresde ne pouvait être considérée comme en état de résistance; les deux quartiers bâtis sur les rives de l'Elbe étaient, il est vrai, fortifiés; mais la vieille ville, sur la rive gauche, entourée d'une ceinture bastionnée avec fossés et revètements, ne possédait ni ravelin ni chemin couvert, et les maisons des faubourgs et les jardins qui encombraient les abords du glacis créaient à l’action des assiégés une entrave des plus sérieuses. La nouvelle ville, située sur la rive droite, était dans des conditions un peu meilleures.

Le 8 novembre, pendant l'après-midi, l'attaque com-

menca; les Autrichiens s’emparèrent du parc devant la porte de Pirna et poussèrent jusqu'à l’enceinte et jusqu'à ua grand bâtiment appelé la maison de Zinzendorf; mais, | mal soutenus, ils reperdirent une partie du terrain conquis; le lendemain, il y eut un nouveau combat à la suite duquel les Prussiens furent rejetés dans la place. Au bruit de la fusillade, Finck leva son camp, traversa l'Eibe et prit position sous les murs de la nouvelle ville. La venue des troupes et surtout le passage des bagages qui défilaient par le pont de pierre impressionnèrent beaucoup la population, dont les craintes furent portées au paroxisme par l'incendie du faubourg de Pirna, auqu:l Schmettau fit mettre le feu, vers trois heures du matin le 10 novembre. Cette mesure était justifiable au point de vue militaire, puisqu'elle avait pour but de détruire les bâtiments, dont la proximité gênait Le tir du canon des remparts, mais elle parait avoir élé exécutée sans précautions suffisantes et sur une échelle trop vaste; 266 maisons du faubourg de Pirna et des quartiers voisins furent brülées : « Je ne puis pas vous décrire, écrit l’envoyé Mitchell (1), l'horreur de cette nuit ni la terreur et la confusion des pauvres habitants quand ils virent toute la ville entourée d'une ceinture de flammes. Je suis monté dans un des clochers d'où j'ai contemplé le spectacle le plus triste, ‘es habitants terrifiés courant du faubourg en feu, emportant avec eux les misérables restes de leurs effets... tout le périmètre de la ville ‘ paraissait un fouillis de flammes, de ruines et de fumée. » Dans le désastre (2), il y eut peu de victimes, mais le dommage matériel se monta, d’après Mitchell, à an million de couronnes.

Ce malheur, que Daun eût pu éviter si, au lieu de se

(1) Mitchell à Holdernesse. Dresde, 14 novembre 1758, Mitchell Papers, Musée britannique. Ë

(2) Plainte du ministre saxon à fa Dièle et mémoire en réponse du baron de Plotho. Annual Register 1758, p. 167, etc.

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