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EXPULSION ET SOUFFRANCES DES ACADIENS

La disette des vivres et de vêtements les à accompagnés sur l'ile; je n'avais que très peu de chose à leur distribuer, mes dictributions n'ont été que minces et ce n'est qu'en les rendant fréquentes que je suis parvenu à ne voir mourir personne de toutes ces misères. Rendus en France, Monseigneur, si vous n'avez la bonté de jeter un œil favorable sur leurs misères et leurs pertes, je les vois replongés dans la plus affreuse, qu'ils aient jamais essuyée, et que je ne puis vous dépeindre aussi grande qu'elle sera. Ce pauvre peuple sera sans vivres, sans vêtements, hors d'état de se procurer du logement et du bois de chauffage dans un nouveau monde, ne sachant à qui s'adresser pour représenter leurs besoins, timide de son naturel. » Villejouin termine sa lettre en offrant de suivre ses anciens administrés, quelle que soit la destination qui leur sera affectée. L'ordre des autorités britanniques fut exécuté à la lettre: il ne resta dans l'ile que quelques centaines de miséreux qui échappèrent aux Anglais en se réfugiant au fond des bois. Une quantité considérable de bétail, évaluée à 6.000 têtes, devint Ja proie de l’envahisseur.

Aux expulsés Le vainqueur aurait dù, d'après les termes du contrat, fournir les moyens d'exister jusqu'à leur débarquement en France. Il n'en fut rien. La traversée d'Amérique à la métropole fut une nouvelle étape douloureuse dans le véritable chemin de croix qu'eurent à parcourir Les infortunés Acadiens. Pour donner un aperçu de leurs souffrances, laissons la parole au maréchal de Senecterre (1) : «Messieurs de Duis et babbadie n'auront pas manqué de vous informer de l'arrivée ici de cinq parlementasres qui ont apporté une partie des habitants de l'ile Royale. et ils ne vous auront pas laissé ignorer la quan-

(1) Senecterre à Massiac, La Rochelle, 21 octobre 1758, Archives de la Guerre. |

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tité p'odigieuse de malades qu'ils avaient à leurs bords... Le médecin et le chirurgien n'ont dit seulement que toutes ces maladies, la plupart fièvres vermineuses, étaient causées par la mauvaise qualité des vivres que les Anglais avaient embarqués pour leur nourriture. Les officiers francais, revenus de File Royale, m'ont assuré que le général anglais n'avait pas voult permettre de vien embarquer des vivres trouvés dans les magasins du Roi à Louisbourg, lesquels naturellement auraient dù servir à la nourriture des habitants de ce pays-là pendant leur traversée en France, et qu'on leur avaii fourni du biscuit pourri et du bœuf salé rempli de vers; en sorte que dans le parlementaire arrivé hier au soir dans les rades de La Rochelle, qui avait embarqué #00 habitants cu autres personnes de Louisbourg, on en avait jeté, pendant la traversée, quatre-vingts à la mer, et le médecin, envoyé hier matin à bord, m'est venu dire qu'il y avait trouvé plus de 200 malades dont plusieurs mourants. Ce sera encore pis lorsque les habitants de l'ile Saint-Jean et iles voisines arriveront ici; il y à plus de huit mois que ces pauvres gens n'ont mangé de pain et qu'ils n'ont vécu que de coquillages. I faut s'attendre que la plupart seront jetés à la mer pendant la traversée et que le reste arrivera malade. »

Nous ne suivrons pas les débris de la population acadienne dans l'odyssée qu'ils accomplirent après leur retour en France et avant leur établissement définitif (1). Pour ce qui est de leur départ forcé et de leurs privations au cours du voyage, la responsabilité des traitements indignes qu'ils subirent incombe tout entière à l'amiral Boscawen et au général Amherst, Non seulement ces chefs introduisirent dans la capitulation la clause de l'expulsion, mais ils l'interprétèrent à leur guise, et ils

(1) Voir à ce sujet Louis XV, Le Renversément des alliances, ch. 1x.

; DESTRUCTION DES POSTES DE L'ACADIE. 367 ds... | ne prirent pour son exécution aucune des précautions it que qu'eùût dû leur dicter le moindre sentiment d'humanité, euses, ou, à son défaut, le simple respect de la bonne renommée s°que de leur pays.

e. Les Pour terminer le sujet de Louisbourg, ajoutons que les issu ré ; défaillances des défenseurs de la forteresse s'effacent dere de . vant la faute initiale du cabinet de Louis XV. C'est grâce rasins È à son incurie et à des temporisations blämables que les aient fortifications, dont l'expérience du siège de 1745 avait ys-là mis en évidence les défectuosités, ne furent ni réparées, avai ni complétées. Si la cour de Versailles, agissart comme VCrs; l'avait fait Marie-Thérèse pour Olmütz, avait profité de la L soir période de paix pour entreprendre les travaux reconnus tué indispensables, la résistance eût pu être prolongée, peutpn en être eùût-elle été victorieuse, tout au moins durant la mer, l saison de 1758. Pour assurer la conservation définitive dire des possessions d'Amérique, de l'île Royale aussi bien ieurs que du Canada, il eût fallu la suprématie sur mer, ou lle | le moyen de la disputer. Or, les débuts de la guerre is de l'avaient démontré, ce résultat n'aurait été atteint que in et par l'affectation à la Marine des ressources follement dissique | pées dans l'aventure de l'Allemagne.

fe et A la suite de la prise de Louisbourg, Amherst répartit | son armée en plusieurs divisions : trois bataillons, avec aca- des détachements de chasseurs et d'artillerie, furent emre- ployés à ruiner les établissements français de la rivière (4). Saint-Jean et de la baie de Fundy; Wolfe, à la tête de iVa- trois bataillons, fut chargé, de concert avec l'escadre de ents Sir Charles Hardy, d'une mission du même genre contre ral les postes acadiens de la baie des Chaleurs et de la Gasces | pésie; Armherst lui-même fit voile, le 30 août, avec cinq de | bataillons, pour aller au secours d'Abercromby, et le L ils | reste de ses troupes fut laissé en garnison à Louisbourg.

Les deux premières expéditions ne rencontrèrent guère . d'obstacle ; les exploits des soldats anglais se bornèrent

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à l'incendie d’un grand nombre de cakanes, à la destruction de barques de pêche, de hangars et àe provisions de poisson, et à la capture de malheureux, parmi lesquels en majorité des femmes et des enfants. Ces hauts faits accomplis, on rentra hiverner dans les forts de la Nouvelle-Écosse et dans les îles récemment conquises.

L'entreprise de Louisbourg n'était qu'un chapitre, le plus important, il est vrai, du plan général que le gouvernement britannique avait combiné contre les possessions françaises d'Amérique. Le général Abercromby, aussitôt qu'il eut en mains l'ordre de la cour le désignant comme successeur de Lord Loudoun, se mit à l'œuvre pour préparer la campagne projetée contre les forts du lac Champlain et les postes de la Belle Rivière (l'Ohio). À ces opérations, les provinciaux devaient participer; aussi le nouveau commandant en chef entama-t-il à cet effet des négociations (1) avec les divers États de la colonie. Les offres de concours rarièrent avec les ressources et la bonne volonté de chaque province : New-York re vota de crédits qae pour 1.000 hommes; Connecticut, beaucoup plus bbéral, en promit 5.000 ; Massachusetts 7.000, Virginie 2.000, Pensylvanie 2.700. Somme toute, on espérait réunir 22.000 soldats dont 17.000 seraient affectés à l'armée principale et 5.000 seraient détachés sur l'Ohio. Pour compléter ces chiffres, Abercromby autorisa l'enrôlement des soldats qui avaient été compris dans la capitulation de William- Henri, sous prétexte que les conditions de cet arrangement avaient été violées par les Français. De concert avec les autorités locales, notamment avec le gouverneur Pownall, il prit des mesures (2) pour la bonne discipline des contingents et pour ie meilleur recrutement de leurs

(1) Abercromby à Pitt. New-York, 98 avril 1758. America. Record Oflice. (2) Abercromby à Pitt. Albany, 22 mai 1758. America Record Office.

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apitre, que le re les Aberà cour se mit contre Belle x dent en avec cours * chapour il, en nsyl- ) solile et r ces Idats iamng'eavec neur line eurs

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FRÉPARATIFS D'ABERCROMBY. 369

officiers ; à ces derniers, il fut rigoureusement interdit de vendre des effets et dés provisions à leurs hommes et d'exercer, comme par le passé, le raétier de cantinier. Pour le service des voitures, on organisa, sous les ordres du eclonel Bradstreet, un corps de convoyeurs, et pour les transports par eau et pour la navigation des lacs, on construisit 1.500 bateaux et 2 goclettes.

Comme éclaireurs des troupes régulières et pour la petite guerre, les Indiens étaient fort recherchés par les belligérants. Johnson, spécialement chargé de cette partie, s'efforca de détacher des Francais et de rallier aux couleurs anglaises ces auxiliaires capricieux et turbulents. Dans les campagnes précédentes, la grande majorité des sauvages de l'intérieur avaient pris fait et cause pour la France; les cinq Nations elles-mêmes, longtemps flottantes, avaient fouïni des escouades à l’armée de Mont- “alm, lors du siège de William-Henri. Il y avait cependant des indices de revirement, et Johnson (1) signalait un chef Delaware du nom de Feedyscung qui, après avoir perticipé aux incursions faites en Pensylvanie et aux atrocités commises sur les colons anglais, se déclarait prêt à lever la hache contre ses anciens protecteurs. Symptôme plus encourageant encore : les Indiens au sud du lac Erié auraient répudié l'alliance française et auraient envoyé des ambassadeurs aux cinq Nations pour les engager à servir sous le drapeau britannique. Par contre, les Quakers de la Pensylvanie avaient répandu, pendant l'hiver, une proclamation de neutralité qui produisait un effet déplorable. Ce document, véritable chef-d'œuvre d'“goïsme naïf, est à citer : « Si vous vous décidez à frapper sur l'Anglais, disaient-ils aux sauvages (2), il faut que

(1) Johnson à Abercromby, 28 avril 1758. America. Record Office. (2) Adresse des Quakers aux cinq Nations communiquée par Johnson, 29 janvier 1758.

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