‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 185 sur 361 · IMPORTANCE DE LA PRISE DE LOUISBOURG · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE LA PRISE DE LOUISBOURG

courir la place et forcer le blocus, paraissaient renoncer à la lutte navale et abandonner à leurs rivaux la domination des mers. En elle-même, la conquête avait une réelle importance, car à tort ou à raison, Louisbourg était regardé comme la clef du Canada; c'était dans sa rade, ouverte pendant la plus grande partie de l'année, que venaient relâcher, et au besoin se réfugier les navires chargés du ravitaillement de la grande colonie en hommes, munitions et vivres. La réputation de son port, la renommée de fortifications qui, en dépit de leur médiocrité, étaient les plus belles de l'Amérique du Nord, faisaient de Louisbourg la citadelle avancée de la Nouvelle- France.

Dans la conduite des opérations, l'amiral Boscawen fit preuve d'énergie et d'audace: à louer surtout l'entente parfaite qui semble avoir régné entre lui et le général Ambherst, Ce dernier dirigea le siège avec méthode sinon avec vivacité; s'il consacra 38 jours au débarquement et au transport de son artillerie et aux préparatifs des

travaux d'approche, à partir du 16 juillet, il déploya beaucoup d'activité, et, grâce à l'intensité de son feu,

épargna à ses soldats les risques et les pertes d'un ass it. Parmi ses lieutenants, Wolfe attira l'attention par sa bravoure et ses qualités militaires.

Aussitôt maîtres de Ja ville, les Anglais eurent soin d'embarquer la garnison sans retard pour l'Angleterre; puis ils s'occupèrent de la population civile. Conformément à la politique cruelle de l'époque, les habitants, car c'est ainsi que Îles vainqueurs interprétèrent Fexpressirn de la capitulation « marchands et leurs employés », devaient être arrachés sans compensation à leurs demeures et expédiés en France. Si, à la rigueur, un pareil traitement n'infligeait qu'un préjudice restreint aux commercants de Louisbourg dont les biens étaient pour la plupart meubles, il entrainait la ruine complète

pour les paysans du Cap Breton et de l'ile Saint-Jean dont tout le patrimoine se composait de vergers, de bétail et de grains. A l'ile Saint-Jean surtout, où après des épreuves terribles commencaient à prospérer 5.000 réfugiés acadiens, on vit se renouveler les scènes du « grand dérangement ».

Villejouin (1), gouverneur de l'ile, songea d'abord à évacuer une partie des colons sur les postes de la baie des Chaleurs où dotfait encore le pavillon français. Faute de vivres, Il fallut renoncer au projet : « Quelques-uns de nos habitants qui se sont trouvés le plus à portée de s'y rendre ont été obligés de revenir sur leurs pas, préférant de tout abandonner plutôt que de mourir de faim. » Lord Rollo, qui prit possession de l'ile Saint-Jean au nom de Sa Majesté Britannique, se montra humain: il accueillit la prière des malheureux qui ne voulaient pas quitter leurs fermes, et leur permit d'envoyer à Louisbourg des délégués présenter une requête dans ce sens. Les commandants anglais la repoussèrent et décidèrent l'expulsion complète de toute la population. « Je ne pense pas, Monseigneur, écrit Villejouin, qu'ils puissent y réussir pour cet automne, car quoique M. Rollo ait fait embarquer en même temps que moi environ 700 personnes qui sont actuellement dans cette rade, il reste encore sur l'île environ #.000 âmes... » Une fois expatriés, que deviendront-ils? leur ancien gouverneur s'en préoccupe : «Tout ce misérable peuple se rendra, je pense, en France; Jose prendre la liberté de vous représenter leur triste situation. IL y à trois ans, Monseigneur, que les derniers réfugiés sont sur l'ile; il leur à fallu essuyer bien des pertes et des fatigues pour s'y rendre, et rendus, ils sy sont trouvés dénués pour ainsi dire de tout secours.

(1) Villejouin au ministre. Port Lajoie, 8 septembre 1758. Archives des Colenies.

Jean de ÈS du

Page 1