‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 188 sur 361 · ESCARMOUCHES DE L'HIVER · texte numérisé non relu

ESCARMOUCHES DE L'HIVER

quelquefois des prisonniers. Ce fut un raid de ce genre contre une bourgade située dans la vallée du Mohawk et dite des Palatins à cause de la nationalité allemande des émigrants qu'on y avait fixés, qui donna lieu à des commentaires amers de Bougainville (1) : « Le sieur de Belestre, lieutenant des troupes de la marine, avec un détachement composé presque tout entier de sauvages, à sur la tin de l'automne surpris, pillé, brûlé un village fort riche de Palatins, établis à quelques lieues de Corlar, et en à enlevé les habitants. Dans la relation qui émanera des'bureaux de la marine, on décrira fastueusement des forts enlevés l'épée à la main. Pure fiction, ni forts, ni assauts; la surprise, la nuit, le feu, les cris de l'enfer, une terreur panique. Voilà tout et c'en est assez pour entretenir cette inxconcevable frayeur que les Anglais ont des sauvages, les plus lâches de tous les hommes pour qui les méprise, les plus redoutables à qui les craint. »

Les troupiers de France prenaient volontiers part à la petite guerre qui se continuait, presque sans interruption, dans le voisinage des postes de la frontière. C'est ainsi que des volontaires de la garnison d? Carillon assistèrent à un combat, plus sanglant que d'habitude, qui eut lieu, le 17 mars, entre les partisans de Langy et les rangers de Rogers. Sur un effectif de 200 hommes engagés, ce dernier ne ramena que #9 soldats et 2 officiers: le reste fut tué ou pris. Six jours après l'affaire, 2 officiers appartenant aux réguliers anglais vinrent se rendre; ils s'étaient perdus dans les bois et mouraient de froid et de fatigue. IL est superflu d'ajouter que ces courses, dont l'organisation ne laissait pas d’être fort coûteuse, n'exerçaient aucune influence réelle sur Le sort de la campagne.

(1) Bougainville à M° Hérault. Québec, 20 février 1758. Collection appartenant à M. de Kerallain.

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Comme les années passées, pour le Canada qui produisait à peine de quoi nourrir sa population, la question des vivres avait une importance prépondérante, Pendant l'hiver de 1757-58, une véritable disette avait sévi et force avait été d'employer toutes sortes d'expédients plus ou moins bien accueillis par les intéressés, tant militaires que civils : « Il à fallu encore, écrit Bougainville, réduire la ration. À Québec où M. de Montcalm était resté pour contenir les troupes et le peuple, sa présence et son exemple ont fait que les choses se sont passées de bonne grâce. À Montréal les femmes ont été jeter aux pieds de M. de Vaudreuil le cheval qu'il avait ordonné qu'on distribuât. Il à dit : « Tout comme il vous plaira. » En conséquence, le lendemain au prêt, les soldats de la marine ont aussi déclaré qu'ils ne prendraient pas de cheval. Leurs officiers ont été fort embarrassés. Il a fallu avoir recours à M. le chevalier de Lévis dont le ton à étouffé l'émeute dans sa naissance. »

Une dépêche de Montcalm nous fournit des détails topiques sur les rapports des troupes avec les Canadiens et sur les effets de l'obligation de loger le soldat chez le paysan pendant les longs mois de la mauvaise saison « La discipline se relâche, écrit le général (1), malgré mes soins et ma sévérité. Les recrues arrivées de l’année dernière sont un ramassis de mauvaise espèce. IL faut nécessairement que le soldat, afin de subsister dans les circonstances présentes, soit répandu chez l'habitant; là il vit dans une espèce d'indépendance, éloigné de la vue de l'officier et du sergent. » Entre militaires et indigènes, l'entente était excellente : « Nos troupes vivent dans la plus grande union avec les Canadiens et les sauvages. Nos soldats paraissent prendre goût au séjour de cette colsnie. Il continue à s'y faire beaucoup de

(1) Montcalm à Belleisle. Montréal, le 13 avril 1758. Archives de la Guerre.

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