‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 189 sur 361 · L'ARMÉE FRANÇAISE SE RÉUNIT A CARILLON · texte numérisé non relu

L'ARMÉE FRANÇAISE SE RÉUNIT A CARILLON

mariages; plusieurs sans se marier ont pris cet hiver des terres à défricher, et sans les dispenser du service militaire, je me prête volontiers à tous les arrangements que l'intérêt politique de la colonie exige. Nous ne saurions y laisser trop de soldats de nos bataillons, nous les ramènerions mauvais pour l'Europe et nous les laisserons très bons pour l'Amérique. Grâce aux difficultés que j'y apporte nous n'avons eu que deux mariages d'officiers. »

Pour entrer en campagne, on n'attendit pas l'arrivée des bâtiments de France qui apportaient recrues, munitions, effets, et surtout farines. Le principal convoi, qu'accompagnait l'escadre Du Chaffault, ne parvint à Québec que le 29 juin, et dès la première quinzaine du mois, les régiments de la Reine et du Berry étaient “ampés à Carillon où ils furent rejoints, quelques jours plus tard, par les autres unités de l'armée de terre, Montcalm était encore à Montréal. Il avait eu avec Vaudreuil, à propos de la conduite des opérations, une discussion des plus aigres. D'après les instructions du gouverneur (1), le général était chargé de défendre la partie du lac Saint-Secrement (lac George) qui paraissait la plus menacée, avec une division composée des 8 ba taillons de France, d'environ 600 soldats de la marine et autant de miliciens, soit, en y comprenant les noncombattants, « 5.000 bouches à nourrir ». Le manque de vivres obligeait provisoirement de limiter les effectifs affectés à la frontière, sauf à les augmenter, au fur et à mesure des possibilités, par des renforts de Canadiens et de sauvages. Du mémoire de Vaudreuil, nous négligerons les banalités dont il était coutumier, et ne retiendrons que les indications stratégiques : « Si les Anglais viennent occuper le lac Saint-Sacrement avec des forces supérieures, M. le marquis de Montcalm ne dort

(t) Mémoire pour servir d'instruction à M. de Montcalm, 23 juin 1758. Archives des Colonies.

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pas perdre un instant pour occuper de son côté Le Portage et le lac Saint-Sacrement; il fera ses dispositions de façon à conserver l'offensive sur ce lac; il inquiétera et harcellera vivement les ennemis sur le chemin de Lydius au lac Saint-Sacrement, et partout ailleurs où il croira plus à propos de s'attacher, surtout pour tâcher d'intercepter leurs convois... Si, contre toute attente, les ennemis prenaient le parti de venir faire le siège de Carillon, ce sera à M. le marquis de Montcalm à se déterminer à aller à leur rencontre pour les combattre dans leur marche, ou sur le lac, ou à les attendre dans un ‘amp retranché ou autre position qu'il croira plus avantageuse; nous lui observons seulement qu'il ne pourra se décider à aller au-devant des ennemis qu'autant qu'il croira qu'il aura suffisamment de sauvages et de Canadiens pour les combattre avec succès dans le bois. » Vaudreuil recommandait à Montcalm, dans le cas où il n'aurait pas avec lui assez d’auxiliaires indiens, de se borner à « harceler ses ennemis afin de retarder leur marche, étant de sa prudence de ne point s'exposer à se compromettre pour une affaire générale et décisive ». Il terminait enfin en annonçant son intention de se porter de sa personne, si les circonstances l’exigeaient, au secours de la région menacée.

Ces instructions aussi obscures que filandreuses, et quelque peu contradictoires, soulevèrent lire du bouillant général, qui répondit, le jour même, par un contremémoire (1) où il s'efforcait de démontrer, en termes peu respectueux, les difficultés, sinon l'impossibilité, du plan d'opérations qui lui était tracé. IL s’inclinait devant les raisons données pour restreindre les effectifs qui lui étaient confiés, mais, avec les 4.060 combattants qu'ils re-

(1) Mémoire de Montcalm à Vaudreuil. Montréal, 23 juin 1758 au soir. Archives des Colonies.

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