‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 209 sur 361 · PITTSBURG ET DUQUESNE · texte numérisé non relu

PITTSBURG ET DUQUESNE

chement de 200 provinciaux, protégés par des palissades érigées à la hâte, et fit diligence pour regagner la Pensylvanie. Fidèle aux traditions britanniques qui s’etforcent avec la conquête d'effacer la mémoire du passé, Forbes avait changé le nom de la localité, et, en bon courtisan, avait attaché celui du grand ministre de son pays aux quelques cabanes groupées autour de son camp. « F'ai pris la liberté, écrit-il à Pitt, de donner votre nom au fort Duquesne, car selon mon estime, c’est en quelque sorte parce que nous étions inspirés de votre esprit que nous avons pu nous rendre maîtres de la place... J'espère que le père adoptif voudra bien la prendre sous sa protection; si vous l’accordez, ces tristes solitudes deviendront bientôt Les terres les plus riches et Les plus fertiles de toutes les possessions britanniques dans l'Amérique du Nord. » La prophétie s'est réalisée en partie : Pittsburg est aujourd’hui un des centres les plus actifs de la région industrieuse de l'Ohio, mais sur les bâtiments de la ville, le drapeau de l'Angleterre est remplacé, depuis plus d’un siècle, par celui de la libre Amérique; quant au nom de Duquesne que le vainqueur voulait rayer de la carte, resté appliqué à une bourgade voisine, il rappelle aux gé-

“rations présentes les souvenirs de la domination fran-

iv os ne survécut pas longtemps à sa victoire; de plus en pius miné par la maladie, il ne rentra à Philadelphie que pour y mourir peu de temps après. Quant aux soldats de Ligneris, ils ne firent aucun effort pour profiter de l'isolement de la petite garnison de Pittsburg, et se contentèrent de consommer Les rations du Roï dans Les forts où ils s'étaient retirés.

A l’époque des derniers départs pour la France, avant la ferraeture de la navigation du Saint-Laurent, les événements de l'Ohio n'étaient pas encore connus à Montréal, mais la situation était assez grave pour que Vaudreuil et

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Montcalm, malgré leurs divergences de vues en matière canadienne, fussent d'accord sur les dangers qui menacaient la colonie, et sur l’urgence d'envoyer en France des hommes de confiance qui pussent éclairer la cour de Versailles.

Déjà Péan, officier des troupes de marine, s'était embarqué au mois d'août; il fut suivi en novembre par Doreil, le commissaire des guerres, et par Bougainville, promu depuis peu aide-major général de l'armée. Ce dernier à trop souvent figuré dans nos récits pour qu'il soit indispensable de renarler de lui. Quant à Doreil, sa correspondance va nous le faire connaître. Ami dévoué de Montcalm, il avait épousé sa querelle au point d’attribuer à Vaudreuil des noirceurs qui eussent été de véritables actes de trahison à l'égard de la patrie. Comme presque tous les militaires venus de France, il était convaincu qu'une paix aussi prompte que possible s'imposait si on voulait conserver la province. « IL est donc de nécessité absolue, écrivait-il (1), de ne penser qu'à faire la paix sans se rendre difficile pour les limites; il serait à souhaiter qu'on n'eût jamais pensé à les étendre en Acadie ni à l'établissement du fort Duquesne... » A l'en croire, la préservation du Canada était due à Montcalm : Il y a deux ans qu'il ne cesse de parler de l'entreprise et de la descente que l'ennemi peut faire à Québec; on ne veut ni rien prévoir ni rien ordonner. IL use sa santé ruinée, sa bourse, voit tout le mal, en est pénétré ne pouvant y remédier ni fair le bien. Il demande son rappel et sert en attendant à son ordinaire. Il devra dix mille écus au premier janvier; son désintéressement fait la critique, excite Ja jalousie et attire l'inimitié, Il a eu beaucoup de peine à calmer l'officier et le soldat français qui enfin, après plus de trois ans

(1) Doreil à Belleisle. Québec, 31 août 1758. Archives de la Guerre, 3499,

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