LES FRANÇAIS FONT SAUTER LE FORT DUQUESNE
tige des armes de la Grande-Bretagne, rehaussé par l’expédition heureuse de Frontenac et par la supériorité du nombre.
Encouragé par les nouvelles du mouvement indien, soutenu par une volonté de fer qui savait avoir raison d’une santé déplorable, Forbes ne voulut pas, malgré la défaite de son lieutenant Grant, renoncer à son entreprise; apprenant la détresse des Français, il réduisit sa troupe et son convoi au strict nécessaire et reprit sa course sur Duquesne avec 2.500 hommes, sans tentes ni bagages; trop malade pour monter à cheval, ilse fit porter dans une litière. Le 24 novembre, on était parvenu sans encomhre à quelques lieues de Duquesne, quand on fut surpris d'entendre le bruit de détonations successives. Le lendemain, vers la fin de la journée, lorsqu'on arriva au fort, on le trouva en ruine, les bâtiments incendiés et la garnison partie. Faute de provisions et conformément à l'avis du conseil de guerre, il avait fallu disloquer les contingents réunis à Duquesne; Aubry était retourné avec ses hommes à l'Illinois, Belestre s'était mis en route pour le Détroit avec ses miliciens. « J'ai été, mande Ligneris (4), dans l’indispensable nécessité de renvoyer... M. de Saint-Ours et les garnisons de la Rivière aux Bœufs, de la Presqu'ile et de Niagara, sans quoi je n'aurais pas eu de vivres pour subsister qu'environ 10 jours, et point du tout pour faire la retraite. » Tous ces départs effectués, il restait, pour défendre le fort, 300 réguliers ou miliciens dont plus du tiers malade; aussi Ligneris ne crut-il pas possible de soutenir un siège et se retira-t-il au fort Machault, après avoir fait sauter Les bastions de Duquesne et brûlé ses magasins. Les soldats de Forbes ne virent d’autres traces de l'ennemi que les cadavres non enterrés du
(1) Ligneris à Vaudreuil. Fort Duquesne, 18 octobre 1758. Archives des Colonies.
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combat du 1% septembre, et les têtes de quelques Écossais que les sauvages avaient fixées au bout de perches revètues des jupes d’uniforme de ces malheureux.
En elle-même, la conquête de Forbes n'avait pas grande importance; le fort Duquesne, comme la plupart des fortifications du même genre en Amérique, n’était qu’un ouvrage en terre encadré de bois équarri, hors d'état de résister au canon; mais l'effet moral du succès de l’entreprise fut tout autre. L'évacuation du poste, dont la possession contestée avait été la cause initiale de la guerre, suivait à quelques mois de distance la destruction de Frontenac. Ces incidents étaient la revanche du massacre de la Monanghahela et de l’humiliation de Chouaguen; ils faisaient prévoir la victoire du drapeau anglais dans les pays d’En-Haut; aussi l'impression fut-elle profonde chez les sauvages, qui désertèrent de plus en plus . les fleurs de lys pour offrir leurs services aux Anglais, ou pour rester neutres entre les belligérants.
A la fin de novembre, la saison avancée ne permettait pas de songer à continuer la campagne. Forbes, presque aussi à court de provisions que son adversaire, n’essaya pas de le suivre. « J'aurais remonté, écrit-il (1), avec mes troupes la rivière jusqu’au lac Erié, et détruit les postes français de Venango (Machault) et Presqu'île ; mais la mauvaise saison et la rareté de mes vivres me l’interdisent. Étant donné que je suis obligé de transporter à une distance de 3 à #00 milles, à travers les montagnes et par des routes presque impraticables, tout ce qu’il me faut pour hommes et pour bêtes, il me sera très difficile de laisser ici une garnison suffisante pour la protection du pays, car toute communication avec les parties habitées des provinces sera coupée pendant au moins # mois de l'hiver. » Le général anglais confia la garde des ruines à un déta-
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(1) Forbes à Pitt. Pittsburg, 27 novembre 1758. America. Record Office.
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