CHOISEUL ENTAME LA REVISION DU TRAITÉ SECRET
traité de Versailles, nous sommes résolus à le faire. Nous aurions déjà pris ce parti qui deviendra forcé, s'il avait conveau à l’Impératrice ; mais la nécessité n'a pas de loi... Tels sont, Monsieur, les motifs solides qui nous font désirer, au delà de toute expression, que l’Impératrice veuille bien se porter à faire la paix cet hiver ».
Ainsi stylé, Choisenl se remit en campagne: il eut avec le chancelier (1) une de ces longues discussions d’où il sortait convaincu d’avoir conquis son interlocuteur à ses idées, alors que ce dernier, resté inébranlable, se plaint la plupart du temps à Starhemberg du langage de l’'ambassadeur et du vide de ses raisonnements. En résumé, on tomba d'accord sur l'échange de mémoires dont l’un rechercherait dans quelle mesure pourrait être accueilli le vœu manifesté en faveur de la paix immédiate, dont f’autre viserait « Le cas que la paix en Allemagne n'ait pas lieu cet hiver », et expliquerait « les arrangements que le Roi désire prendre avec la cour de Vienne, lesquels arrangements établiront une nouvelle base à l'alliance des deux couronnes ».
Tout en s'inclinant devant les instructions pacifiques qu'il recevait de son chef, Choiseul aurait voulu que la campagne se terminât par quelque succès pour les armes de son pays; il fait appel à l’amour-propre des deux généraux français. À Contades (2), il transmet le dire de Kaunitz qu'il entend à tout propos « que l’on ne coneoit pas que l'Électeur d'Hanovre dont l’armée est faible et sans réputation pour ses troupes, tienne tête à presque toute la puissance militaire de la France ». Pour l'édification de Soubise, il reproduit les critiques dont son inaction fait Le sujet (3) : « Enfin, mon Prince, il faut faire quelque chose pour relever l'opinion que l'on à de nous.
Choiseul à Bernis, 26 septembre 1758. Affaires étrangères. Autriche.
({ (2) Choiseul à Contades, 30 septembre 1758. Affeires étrangères. Autriche. (3) Choiseul à Soubise, 30 septembre 1758. Affaires étrangères. Autriche.
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L'Impératrice qui s’est désistée de votre armée, prétend qu'elle ne s'en est pas désistée pour qu’elle reste aux quartiers. Avec des compliments et des phrases on gagne du temps: l’on manque encore de parole pendant plusieurs Imois, mais à présent je suis à bout de voix, et je ne sais plus que lui dire... Sans les hasards qui m'ont favorisé, je me trouverais dans le cas de ne plus pouvoir parler guerre ici, ce qui est fort extraordinaire lorsque le roi de France la fait. »
Tandis que Choiseul reprenait avec Kaunitz les pourparlers un moment suspendus et s’efforçait de préciser les questions, en s’attachant, de préférence, à la conclusion d’une convention nouvelle qui dégagerait la France des liens trop étroits du traité secret, Bernis s'emploie à rédiger ou tout au moins à signer des dépéches dont la banalité, le vague et le vide rappelaient la prose de son prédécesseur Rouillé. « Avant de traiter du plan de la paix, écrivait le ministre (1), il faut savoir auparavant si on à envie de la faire, et si chaque allié croit y trouver plus d'avantage qu’à continuer là guerre. Lorsqu'on sera d'accord sur ce point, il sera bien ais de proposer à tous les alliés un congrès, et de pressentir le Roi de Prusse pour faire proclamer un armistice… S. M. voudrait qu'elle (la paix) fût faite, mais Elle ne veut ni forcer ses alliés, ni rompre d'autorité les engagements qu'Elle à pris avec eux. » Une médiation serait facile à trouver, quoique celle de l'Espagne « est actuellement une chimère. Quelle influence pourrait avoir ue cour plongée dans l'anarchie et gouvernée parun prince (2) dont la tête est dérangée?... La conclusion de cette lettre, Monsieur, est que vous devez employer tous vos
(1) Bernis à Choiseul, 9 octobre 1758. Affaires étrangères. Autriche. (2) Le roi d'Espagne, toujours assez faible d'esprit, venait d'être particulièrement affecté par la mort récente de la reine.
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