‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 239 sur 361 · LANGAGE ÉNERGIQUE DE L'IMPÉRATRICE · texte numérisé non relu

LANGAGE ÉNERGIQUE DE L'IMPÉRATRICE

efforts et surtout toute l'adresse de votre esprit à convaincre la cour de Vienne de la nécessité de la paix... Telle est, Monsieur, la façon de penser du Conseil par rapport à la paix, et La facon particulière Au Roi pour ne pas en précipiter la détermination et pour ne pas déroger si entièrement au traité secret qui unit les deux cours ».

Tout autre était l'attitude de l'impératrice-Reine ; dans une audience que Choiseul (1) eut vers cette époque, cette princesse se montre aussi ferme et aussi sûre d'elle-même que l'était peu son allié. Le contraste est frappant et cependant, pour Marie-Thérèse, le moment était critique, car elle avait donné au maréchal Daun l'ordre de risquer une bataille, et elle attendait d'heure en heure du théâtre de la guerre des nouvelles décisives. Voici son langage tel que le rapporte l'ambassadeur : « Elle devait me dire en honneur et conscience que, si le Roi voulait la paix avec le roi de Prusse, il pouvait la faire, mais qu'elle ne la ferait pas la campagne prochaine, et que si le cas arrivait que le Roi l’abandonnât toute seule, elle devait en honneur me prévenir qu’elle prendrait ses arrangements. » Elle répéta cette phrase trois fois, et comme Choiseul l’interrompait, en s’étonnant à la fois de sa confiance et des menaces qu’impliquaient ses paroles, Marie-Thérèse protesta de ses sentiments d'amitié pour Louis XV; mais ajouta « qu’elle mourait de peur d'avoir plus compté qu'elle ne devait sur la puissance française, qu'elle voyait que Votre Excellence avait une propension décidée pour la paix, qu’elle avait lieu de croire que vous aviez engagé le Roi dans votre sentiment, et que même vous aviez dit que Sa Majesté la voulait absolument; que pour elle, elle croyait une autre campagne aussi absolument nécessaire que la paix ». Elle termina en demandant

(1) Choiseul à Bernis, 15 octobre 1758. Affaires étrangères. Autriche.

« une réponse claire sur la volonté du Roi ». L'heureuse fortune qui vint en aide si souvent à la courageuse souveraine ne lui fit pas défaut en cette occurrence. Le lendemain de l'expédition du courrier qui contenait le récit de l'entretien, elle eut la satisfaction d'annoncer (1) à son frère et cousin la victoire d'Hochkirch. On ne sera pas surpris de voir Marie-Thérèse accompagner de reproches à peine voilés les souhaits qu’elle fait pour le triomphe des armes francaises : «Plus l'occasion parait être favorable aux succès de ce qu’elles pourraient entreprendre, plus je me flatte que Votre Majesté voudra bien leur donner incessamment des ordres qui puissr: : me procurer la consolation de pouvoir la féliciter sur des événements dignes d’Elle et de ses armées, »

Comme on peut l’imaginer, les propos de l’Impératrice, et surtout l’allusion à un abandon possible de la France, firent mauvaise impression à Versailles : « Je vois, écrit Bernis (2), que toutes les fois qu'il est question de paix, je suis sujet à être mal interprété, soit par écrit, soit dans la conversation. L'Impératrice demandait une seconde campagne: elle en voudra une quatrième... Ce que je trouve de plus dangereux pour la France et de moins délicat pour le Roi, c’est qu'il est à la volonté de l'Impératrice, indépendamment de son État. La menace que vous à faite l’Impératrice ne peut nous embarrasser si elle ne doit s'effectuer que lorsque le Roi manquera à ses engagements, mais elle n’en est pas moins déplaisante. » Bernis reconnait qu'il est impossible de reparler de paix après Hochkireh dont il fart attendre les suites. « Si cette victoire fait perdre la Saxe au roi de Prusse, je conviens qu'il faut faire une campagne encore pour accomplir le traité secret, et profiter du succès pour faire (1) Marie-Thérèse à Louis XV, 16 octobre 1738. Affaires étrangères. Au-

triche.

(2) Bernis à Choiseu’ 22 octobre 1758. Affaires étrangères. Autriche.

( FAR CHOISEUL, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. 465 fé i | | euse la paix. Telle est ma facon de penser et celle de Sa Majesté. » hi l sou- | Cependant, malgré cette affirmation, le ministre s'efforce Hi) nde- de dégager sa responsabilité personnelle et dévoile la pet it de mobilité de son état d'âme : « La continuation de la pee | son guerre étant résolue à Vienne, et le Roi étant également san | pas résolu à ne pas se séparer de ses alliés, il n’y aura peutches ‘ être rien de mieux à faire que de laisser subsister le iphe ‘ traité secret tel qu'il est, avec une diminution de sub- | 4 Fora- sides considérable dont on conviendrait formellement par Pil dre, une convention nouvelle. »

don- À partir de ce moment, Les fils de la négociation passè- | LR er la rent entre les mains du nouveau ministre des Affaires | s di- étrangères. Choiseul employa les derniers jours de son | 14 | séjour à Vienne à échanger avec Kaunitz des notes et 1 rice, des mémoires à la suite desquels on s'arrêta à l'idée d’un | | Mige; | arrangement qui prendrait la place du traité secret tout Ë | 4 VOIS, en reproduisant certaines clauses de cet instrument. L’ac- | (MEA n de cord était à peu près intervenu sur la poursuite des hosti- | | 1 ; Soit lités et sur la réduction des subsides que la France aurait | ë 11E e se- à verser à l'Impératrice, et quand Cboiseul prit congé, le | A1 . Ce 15 novembre, il ne restait plus à régler que des points 1 t de de détail pour lesquels pleins pouvoirs furent donnés à [1 | é de Starhemberg, nace En remettant son portefeuille, Bernis n'avait aucune 1 | sser intention de se retirer du cabinet. Pendant le mois d'ocra à tobre, la question demeurä en suspens ; aussi voyons-nous | plai- le cardinal entretenir avec M*° de Pompadour une cor- ( £ ler respondance (1) active à ce sujet, enfin s'adresser au | [) ites. 6 Roi pour le prier de régler définitivement son sort. Les | 1886, lettres à la favorite sont un curieux mélange de lamenta- il F'nEr tions sur sa santé, de justification de sa retraite, d'exposé | 4! aire des services qu'il peut rendre, du bon effet que produira th . Au- ÿ (1) Voir cette correspondance dans les Hémoires el Leltres du cardinal | Ë “ de Bernis, vol. 11, p. 306-345. | Î | Ï GUERRE DE SEPT ANS. — T. Il, 30 k

son maintien au gouvernement, de demandes de gratifications pour payer les dettes contractées pendant son ministère, de pensions ou d’abbayes pour lui permettre de faire face aux obligations de sa nouvelle dignité ecclésiastique. Malgré l'intimité du ton, on voit percer l'inquiétude. Aurait-il été desservi auprès du Roi? Sa Majesté lui saurait-elle mauvais gré, comme le prétendent quelques-uns, d’avoir sollicité son remplacement aux Affaires étrangères? Sa protectrice n'aurait-elie plus foi en Lui? « Pour ce qui me regarde, écrit-il (1), j'ai cru avoir perdu une partie de votre confiance, et je sais que sans cela je ne pouvais pas bien servir le Roi. J'ai appelé au conseil tous vos amis. On m'accusait d’ambition et d’ingratitude envers vous; je me suis dépouillé en faveur de vos amis; mais j'ai épuisé ma santé; j'ai empoisonné ma vie par des chagrins qui intéressent mon cœur. R:ppelez-vous l’époque où vous avez cessé de me montrer les lettres de M. de Stainville. Je vous ai toujours communiqué les siennes; de ce moment j'ai cru avoir perdu votre confiance; soyez juste; n’ai-je pas dù le croire? »

A Starhemberg, Bernis fait de longues confidences dont l’Autrichien rend à sa cour un compte détaillé (2). Sur les raisons de santé que le cardinal mettait en avant pour expliquer sa démission, il émet des doutes : Un homme, qui ne dormait plus depuis huit mois, pouvait-il être encore au lit à dix heures du matin, comme lui, Starhemberg, l'avait constaté fréquemment lors de ses visites au ministère? Le second motif invoqué lui paraît plus sérieux. Bernis se plaignait d’être cantonné dans son département et de n'être pas à même d'exercer sur la conduite générale des affaires l'influence nécessaire ; ses efforts pour augmenter son autorité, mal interprétés et attribués à

(1) Bernis à M"° de Pompadour. Mémoires et Lettres du cardinal de

Bernis, vol. II.

(2) Starhemberg à Kaunitz, 29 octobre 1758. Archives de Vienne.

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