CHOISEUL AFFIRME SA POLITIQUE BELLIQUEUSE
lui dit combien le Roi avait été blessé par une indiscrétion qui lui attribuait la volonté de poser les armes. Sans doute, l'action énergique du gouvernement francais détruirait bientôt la mauvaise impression produite à Pétersbourg ; « mais, en attendant, nous avons lieu de nous plaindre que des idées convenues, mal digérées et pernicieuses, aient été rendues à d'autres cours. Cela a l'air d'avoir voulu se faire un mérite et de se procurer des avantages à nos dépens ».
Dans le même billet, Choiseul désavoue péremptoirement des propos tenus par Montazet, Ce général, qui avait été rappelé de l’armée de Daun pour étudier, avec le ministère autrichien, les plans de la campagne prochaine, s'était attaché à démontrer à Marie-Thérèse et au chancelier la futilité des errements militaires suivis jusqu'alors. À l'écouter, il n’y avait pas de raison pour que
les opérations de détail qu'on faisait depuis le commen-
cement de la guerre, ne durassent pas dix ans. De à à préconiser la paix il n’y avait qu'un pas, et Montazet, peu au courant de la nouvelle orientation de la politique
extérieure, le franchit. Il suggéra à Choiseul (2) de lui notifier de Versailles, en langage explicite, l'impossibilité dans laquelle la France se trouvait d'envoyer aucun secours à l'Impératrice. Muni de cette pièce, il se faisait fort de prouver à la souveraine «€ qu'il est cent fois plus difficile de détruire Les forces du roi de Prusse en temps de guerre que pendant la paix: et si, ajoutait-il, les observations et les réflexions sensées et calculées que J'ai faites sur cette matière, n'achèvent pas de déterminer à la paix l’Impératrice et ses ministres, il ne me restera qu'à pleurer avec eux les malheurs qui menacent ». |
(1) Choiseul à Kaunitz, {1 janvier 1759. Affaires étrangères. Autriche.
(2) Montazet à Choiseul, 29 novembre 1758. Affaires étrangères. Autriche,
Supplément, 18.
Tran ame esse a
La semonce qu'il reçut de Paris dut faire comprendre au général que sa montre, réglée sur le méridien de Bernis, retardait beaucoup sur celui de son nouveau chef, « Il en est de même, écrit Choiseul (1), du vieux système de paix de M. de Bernis, que ÿ apprends que M. de Moniazet laisse encore trainer dans ses propos à Vienne. Je lui en dis mon avis et je me flatte qu'il ne s'avisera pas longtemps de prendre sous son bonnet des idées aussi opposées à la volonté et au service du Roi, » En quelques lignes énergiques, l'écrivain affirme la ligne de conduite que la France entend tenir : « L'on croyait, il y à trois mois ici, que tout était perdu. I n’y avait rien de perdu que les têtes; avec de l'économie, de la fermeté et de la patience tout reviendra, et nous nous flattons que la cour de Vienne qui à vu notre faiblesse, rendra justice à la vigueur et à la suite de nos opérations, et surtout à notre fidélité à l'alliance, Monsieur le Comte, je vous en réponds sur ma parole d'honneur, le Roi ne fera jamais la paix sans ses alliés, et il ne désire autre chose sinon que ses alliés fassent aussi onlgtemps la guerre qu'il est déterminé à la faire. » Choiseul ne croit pas à la possibilné de finir en 1759; il prévoit des campagnes pour 1760, peut-être pour 1761, « jusqu’à la destruction de nos ennemis ». Quant à la paix avec l'Angleterre, le Roi pense que c’est en poursuivant la guerre contre cette puissance « que nous affaiblirons le roi de Prusse. Nous mettrons à l'appui (sic) de cette opinion le risque de perdre nos colonies, mais ce danger nous afflige sans nous cffrayer, et nous espérons qu'en 1760 les ressources de l'Angleterre, malgré ses succès, seront usées, et que nous serons en état alors de faire des efforts qui la rendrort raisonnable ».
En s'exprimant ainsi, le nouveau ministre était sin-
(1) Choiseul à Kaunitz, 11 janvier 1759. Lettre déjà citée.