PRIVATIONS ET DÉSORDRE DE LA RETRAITE
de marches pour y arriver et y soit le 9 au plus tard. »
Le conseil parut bon, aussi Contades confir t-il à Broglie une avant-garde, composée de sa division et de celle de Saint-Germain et forte de 26 bataillons et 38 escadrons, avec ordre de gagner Cassel au plus vite, de rejoindre Armentières et de déblayer le terrain pour l'approche du gros qui raménerait avec lui les équipages, les caissons de vivres et le parc d'artillerie. En lisant 1. plaintes du maréchal sur ses embarras de transport, on se demande si ce ne fut pas un bonheur pour l'armée d'avoir perdu son principal convoi à Detmold. Le défilé des voitures par les détestables routes du Hanovre durait un temps considérable et entravait le mouvement des troupes. « La file en était si longue, écrit Contades (1), que quoique j'eusse mis trois brigades d'infanterie et une de cavalerie, il y a eu quelques équipages pillés qui s'étaient écartés. » Quand on entra à Eimbeck, on commençait à manquer de pain, les réquisitions ne produisant que peu de chose. « J'espère qu'il en arrivera demain matin qui nous donnera le temps d'attendre celui de Cassel. Les marches que j'ai été obligé de faire, et la nuit, ont occasionné de la maraude que je ne pourrai arrêter que quand j'aurai pu mettre l'armée ensemble. Les escortes des équipages, et plus encore les valets et les vivandiers, ont fait le plus de désordre. » Ces mauvais procédés avaient pour conséquences des représailles de la part des habitants : « Les paysans se mettent de la partie, rapporte un officier d'état-major (2); l'on en a déjà arrèté plusieurs qui ont tué des soldats. » Quelquefois les indigènes, attirés par le butin, prenaient l'initiative en dévalisant les voitures, comme l'indique un article de la capitulation de Detmold : « On ne pourra faire
1) Contades à Belleisle. Au camp d'Eimbeck, 7 août 1759. Archives de la Guerre, vol, 3590,
2) Plaincharap au Ministre. Oldendorf, 4 août 1759, Archives dela Guerre. Allemagne, 3520.
aucune recherche sous prétexte d'indiscipline, vu que si quelques soldats détachés ont commis des désordres dans le pays, les paysans en ont fait encore davantage dans nos équipages. »
Enfin l'annonce des vivres rassemblés par Dumouriez vint réconforter les esprits : « D’aujourd'hui, Monsieur le maréchal, mande Contades (1), je commence à respirer; je suis assuré des subsistances de l’armée; il est arrivé ce soir à Gottinger un convoi de #00.000 rations de pain qui sera distribué demain; les troupes ont souffert avec beaucoup de patience; je ne prétends pas dire qu'il n'y ait pas eu beaucoup de désordres. » En sortant d'Eimbeck où il avait fallu laisser le général de Beaupréau à cause de la gravité de ses blessures, il y a“a1it eu une affaire d'arrière-garde, mais l'ennemi avait été repoussé dans un combat qui nous avait coûté une cinquantaine de tués et blessés. À partir de ce moment, le mouvement se continua sans encombre. Le 9 aoû, Broglie informait la cour de son entrée à Cassel après une escarmouche avec les éclaireurs ennemis Gans les défilés de Munden ; ii declarait ses troupes fatigufes par les marches forcées, « mais en très bon ordre et presque sans traineurs ». Le 12 il fut rejoint par Contades. L'armee qui avait repris le contact avec Armentières, occupa les positions suivantes : le corps principal avec l'état-major en avant de Cassel et à la rive gauche de la Fulda; Saint-Cermain, avec trois brigades d'infanterie, à Lutzelberg sur 1: rive droite; Broglie à Oberfelmar, Armentières et Chevreuse à Wolfhagen.
Au demeurant, la retraite des Français par un pays où il n'existait ni fours, ni magasins, et où rien n'avait été préparé pour le service des provisions, n'eut pas pour eux
(1) Contades à Belleisle. Parnsen, 8 août 1759, Archives de la Guerre. Allemagne, 3520.
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