‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 320 sur 361 · SR S · texte numérisé non relu

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106 LA GUERRE DE SEPT ANS. — CHAP. lil.

Avant de quitter Friedberg, Broglie avait reçu de Versailles le bâton de maréchal de France, que réclamaient pour lui ses amis depuis la victoire de Bergen. Cette promotion, en donnant au duc un rang supérieur, devait avoir pour conséquence soit la mise d’Armentières sous ses ordres soit le rappel de ce dernier. Ce fut à ce parti que s'arrêta la cour : Armentières qui s'était rendu à Cologne pour hâter les préparatifs de l'expédition sur la rive droite du Rhin, y apprit à la fois ia venue de son successeur, le chevalier du Muy, et la nomination de Broglie au grade de maréchal de France. À Belleisle, il ne cache pas le dépit que lui cause l'avancement de son collègue : « Il me parait (1) que sous un maréchal de France, ministre de la Guerre, l'on n'aurait pas dû s'attendre que de deux lieutenants généraux commandant en même temps deux armées séparées, le cadet fût fait maréchal de France et l’ancien laissé. Cependant, cet ancien, Monseigneur, pourrait, je crois, demander le parallèle entre jui et son cadet. » La mutation n’apporta d’ailleurs aucun nouveau retard dans la diversion concertée avec Broglie ; le 25 décembre, comme nous l'avons dit plus haut, Voyer était à Siegburg, et malgré les mauvaises routes, l’inondation et les ponts coupés, espérait être à Hackenburg pour le 30. De son côté, Muy qui dirigeait le deuxième échelon, devait partir de Cologne le 27.

Ainsi mises en train, les affaires parurent prendre une tournure favorable pour les Français. Le 2 janvier 1760, Voyer, après une marche des plus pénibles, opéra sa jonction avec Vogué qui était à la tête de l’extrème gauche de la grande armée; leurs forces réunies se montaient à environ 11.000 hommes. Dès le lendemain, ils commencèrent leur entreprise contre la ligne de communication du prince Ferdinand; Vogué enleva le bourg de Herborn

(1) Armentières à Belleisle, Cologne, 25 décembre 1759. Archives de la Guerre, 3526.

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COMBAT DE DILLENBURG. 107

avec sa petite garnison de 120 hommes; Fischer et Dauvet prirent possession de la ville de Dillenburg et bloquèrent la citadelle qui refusa de capituler. Ce mème jour, Muy entrait à [ackenburg où il attendit les instructions du général en chef. Le mouvement de Voyer contre la droite des confédérés, les démonstrations de Saint-Germain et des Wurtembourgeoïs sur leur gauche, enfin la marche des Français sur Giessen, déterminèrent le prince Ferdinand à lever le blocus de la place puis à abandonner la position sur la Lahn qu'il occupait depr;s le 19 septembre. La retraite s’effectua le 5 janvier sans être inquiétée par Broglie qui se contenta de remplacer l'adversaire dans les cantonnements évacués.

Du côté de la Dille, peut-être Voyer eùût-il été plus entreprenant sans un échec qu'il essuya à Dillenburg. Peu soucieux de voir le château tomber entre les mains des Francais, le prince Ferdinand dirigea sur ce point une partie de la division Wangenheim; l'opération fut si heureusement conduite que non seulement la forteresse fut débloquée, mais que le détachement français chargé de l'investissement fut détruit ou fait prisonnier. Les Suisses du régiment de Waldner qui !: composaient se défendirent avec bravoure, mais leur commandant, le brigadier Paravicini, qui avait l’ordre de se retirer devant un ennemi supérieur, se laissa envelopper bien que l'approche des confédérés eût lieu dans l'après-midi; mortellement blessé, il expira une demi-heure après l’action et paya ainsi de sa vie la faute commise. Le même 7 janvier, à peu de distance de Dillenburg, un avant-poste de cent dragons du régiment de Beauffremont fut enlevé par un parti de chasseurs hanovriens et d'Écossais sous les ordres de Luckner. Cet officier dont la réputation grandissait de jour en jour venait de se distinguer quelques jours auparavant en surprenant et capturant le lieutenant-colonel de Muret avec une centaine d'hommes. Ces revers et la reculade de Fis-

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cher, chassé de Ober et Nieder Schuden, impressionnèrent Voyer qui se hâta de rassembler son monde à Trudorf et appela Muy à son secours. Au surplus, la pointe des Hanovriens, en dehors des pertes matérielles infligées aux Francais, n'eut d'autre suite que celle d'arrêter l'offensive de Voyer et de ses lieutenants.

De son côté, Broglie, qui avait repris son ancien quartier général de Giessen, n'était pas disposé à recommencer la campagne; pour débusquer le prince Ferdinand des environs de Marburg où il s'était posté, il aurait fallu .n effort sérieux. Le nouveau maréchal prépara, à la vérité, un projet d'attaque combinée sur les cantonnements ennemis, mais il y renoncça sur les observations de Saint-Germain qui poussa la franchise jusqu'à déclarer « décousu » le plan de son supérieur et à lui refuser toute chance de succès. Le 11 janvier, les ordres furent lancés pour la dislocation de l'armée; le 13, Broglie (1) quittait Giessen de nouveau, et après un séjour de quelques jours à Friedberg, rentrait à Francfort. Muy et Voyer, avec leurs divisions respectives, repassèrent sur la rive gauche du Rhin; l’armée principale s établit sur la ligne du Mein et de la Lahn; les Saxons et Wurtembourgeois depuis Wurtzburg jusqu’à Hanau, l'aile droite sous Saint-Germain autour d’'Aschaffenburg, Vogué à Limburg avec l'aile gauche. Aussitôt informé de ces mouvements, le prince Ferdinand se hâta de renvoyer ses troupes dans leurs quartiers d'hiver ; Marburg, Dillenburg, Homburg furent munis de garnisons et servirent d’avant-postes, la division anglaise gagna le territoire d'Osnabrück, les confédérés allemands se répartirent cntre la Westphalie, la Hesse et l’évèché de Paderborn. Vers la fin de février, le prince de Brunswick, de retour de Saxe, rejoignit l’armée et à partir de ce moment, la tranquillité fut complète.

(1) Broglie à Belleisle. Friedberg, 15 janvier 1760. Archives de la Guerre, vol. 3550.

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