FIN DE LA CAMPAGNE
Ainsi se termina cette longue et dure campagne si brillamment commencée, si péniblement achevée. La santé des troupes était excellente; le soldat avait montré de la confiance en son nouveau chef, de l'entrain dans les dernières opérations; il avait supporté avec bonne humeur les épreuves du froid et de la fatigue. Depuis sa prise & commandement, Broglie avait fait preuve de décision et de volonté; forcé par les difficultés de ravitaillement d’abandonner Giessen, il avait su profiter de la première occasion pour y rentrer; dans la lutte de ténacité engagée sur les bords de la Lahn entre les généraux: rivaux, il avait eu le dessus et pouvait, en dépit de quelques revers partiels dont la responsabilité ne lui incombaït pas, se targuer du recul de son adversaire. Au point de vue général, la campagne de 1759 n'avait ranporté à la France aucun profit, car l'hiver de 1760 retrouvait l’armée à peu près dans les quartiers qu'elle avait occupés pendant la mauvaise saison de 1759. Les troupes avaient beaucoup marché, remporté quelques succès, enlevé des magasins, des places fortes, mais en fin de compte elles étaient revenues au point de départ; des conquêtes éphémères de l’été, rien n'avait été conservé. Le prince Ferdinand, avec ses soldats, véritable amalgame de nationalités diverses, avait repoussé l'invasion, sauvé le territoire des princes alliés, repris ses quartiers d'hiver en pays ennemi; bien plus, il avait pu létacher au secours du roi de Prusse une division importante tout en tenant tête à l'ennemi et en lui infligeant même des échecs. Depuis la bataille de Minden, comme le reconnaissaient Belleisle et Broglie, c'était le général hanovrien qui faisait la loi en Allemagne aux armées du Roi Très Chrétien. Ce triste résultat apportait une nouvelle atteinte au prestige militaire de la France, déjà compromis aux yeux de l’Europe par les revers de 1757 et 1758.
— LR 2 —