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INTRIGUES PRUSSIENNES AUPRÈS DU SULTAN

rences, je n'ai pas grande chance d'être plus utile dans l'avenir. » Les renseignements très précis, que possédait Frédéric sur les intrigues de la cour de Pétersbourg, confirmèrent bientôt l'exactitude de cette appréciation et force fut de reconnaitre que, pour l’heure actuelle, il était impossible de lutter contre les sentiments hostiles que la Tzarine et son entourage professaient à son égard.

Un moment le roi de Prusse crut être plus heureux auprès de la Porte. Rexin, son envoyé à Constantinople, qui de concert avec Porter, le ministre britannique, cherchait à gayner la Turquie, avait eu avec le grand Vizir(1) un entretien secret. Ce dernier avait fait les promesses les plus catégoriques; il s'était engagé à obtenir du Sultan la signature d’un traité d'alliance avec la Prusse, et l'entrée en lice contre l'Impératrice, mais sous la réserve formelle que la Grande-Bretagne apposerait son sceau au bas de la convention. La proposition, transmise à Londres, fait tout d’abord la joie de Newcastle (2) : « Nous avons une offre directe du Vizir de Constantinople d'accomplir tout et plus que nous désirons; il ne fait pas les choses à moitié. » Mais la première satisfaction passée, le cabinet anglais envisagea les conséquences de la garantie et l’etfet qu'elle produirait à Pétersbourg. Après müre réflexion, on décida de s’en tenir à une déclaration verbale, qui ne lusserait pas de traces; en conséquence Pitt informa (3) Porter que « S. M. britannique mettrait en œuvre ses bons offices auprès du roi de Prusse pour assurer l'exécution intégrale des conditions stipulées entre S. M. prussienne et la Porte. » Une formule aussi vague ne convint pas au gouvernement turc qui renonca à ses projets belliqueux; et ainsi finit un incident qui avait fort inquiété les cours

(1) Frédéric à Knyphausen. Landshut, 20 mai 1759. Correspondance politique, XVII, p. 241.

(2) Newcastle à Hardwicke, 22 mai 1759, Newcastle Papers, vol. 32891. (3) Pitt à Porter, très secret, 12 juin 1759. Newcastle Papers, vol. 32892. GUERRE DE SEPT ANS. — T, Ill, 8

alliées et donné lieu à de longues dissertations entre l'ambassadeur français et le chancelier Kaunitz.

Fut-ce l'isolement dans lequel il se réfugiait depuis la mort de sa sœur bien-añnte, l’insuccès de ses tentatives auprès des puissan*es neutres, ou le découragement engendré par les revers de fin de campagne, toujours est-il que Frédéric insista plus que de coutume sur l'obligation dans laquelle il se trouverait de terminer une lutte qui épuisait les ressources de son royaume. À la suite d'une conversation avec le Roi après diner, le 18 mai, Mitchell fit un rapport à son chef hiérarchique Holdernesse et aux priacipaux personnages du cabinet, Newcastle et Pitt. A ses trois correspondants il relate presque äans les mêmes tevmes les propos du Roi et l'impression qu'il a ressentie : « Jamais ce prince (1) ne m'a parlé en langage aussi énergique de la nécessité de faire la paix; il a affirmé avec beaucoup de franchise que c'était un miracle si les affaires avaient été si bien jusqu'à présent. » Dans la dépêche adressée à Pitt, on lit quelques détails (2) qui dévoilent la peusée intime du souverain : « Vos ministres peuvent-ils faire la paix, avait dit Frédéric, les circonstances le permettraient-elles encore? » À Mitchell qui se porte fort des dispositions conciliantes de son gouvernement, le Roi de répliquer : « J'espère que l’on ne m'oubliera pas », puis se reprenant : « Non, je ne cours aucun danger, M. Pitt est un honnête homme; il est ferme; mes intérète sont assurés dans ses mains. » Ces questions, le soupcon qui les inspire, la confiance exprimée indiquent bien la double préoceupation de mettre fin à la guerre et de n'être pas la dupe de son aïlié dans les négociations qui précéderaient la paix.' IL est superflu de constater que le souci de la politique

() Mitchell à Newcastle, Landshut, 20 mai 1759, Newcastle Papers, vol. 32891.

(2) Mitchell à Pitt. Landshut, 20 mai 1759. Mitchell Papers,

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