FRÉDÉRIC ET DAUN VIS-A-VIS L'UN DE L'AUTRE
preuve à l'appui, le mouvement sur Obornik qu’il venait d'accomplir, et termina en se plaignant amèrement de l'inaction des Autrichiens. Des récriminations pareilles n'étaient pas de bon augure pour l'entente loyale des deux armées.
Nous avons laissé Frédéric aux environs de Landshut, attendant avec impatience les résultats des opérations de Dohna, auquel il avait adjoint Wobersnow en guise de conseiller. La nouvelle de la concentration des Russes à Posen fut pour lui une grosse déception, aussi reproche-t-1! à ses deux lieutenants, en termes vifs, la lenteur de leur manœuvre. « Dohna, écrit-l au prince Henri (1), au lieu d'exécuter son entreprise avec célérité, a rampé comme une tortue pour avancer. Il est parti de Landsberg le 93 juin, et il était le 29 à 5 milles de là; toute sa marche n’a été que de 12 milles. Cette lenteur et le peu de précaution qu'il a pris pour cacher sa marche, a donné à Fermor le temps de joindre ses corps ». Le 5 juillet, l’armée royale déboucha de Landshut où elle fut remplacée par Fouqué. Il n’y avait plus de doute : Daun combinait ses mouvements avec ceux des Russes, et cherchait une réunion à laquelle il fallait à tout prix mettre obstacle. « La grande affaire, mande le Roi à son frère (2), est d'empêcher (l’ennem*) d'envoyer du secours aux Russes par la Lusace, ou de l'obliger de couvrir ses magasins de Zittau et de Gabel, pour que toute sa force ne me tombe pas sur le COTPS 5... mon camp est à un mille et demi de Lauban, à un demi-mille de Greifenberg, et environ à un mille et demi de Lœwenberg; ma position est bonne et avantsgeuse. Daun est encore à Marklissa; Laudon a marche aujourd’'hui, les uns disent à Lauban, les autres vers Seiden-
(1) Frédéric à Henri. Reich-Hennersdorf, 2 juillet 1759, Correspondance politique, XVII, p. 357.
(2) Frédéris à Henri. Schmottseifen, 10 juillet 1759, Correspondance politique, XVIII, p. 390.
GUERRB DE SEPT ANS. — T. Il, 9
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berg ». En conséquence, le Roi demande au prince Henri de se porter sur Bautzen et d'occuper Weissenberg.
Jusqu'au 29 juillet, c’est-à-dire pendant quinze jours, Frédéric resta à Schmottseifen, en face des Autrichiens qui l'avaient suivi et qui étaient employés comme de coutume à se retrancher. « Daun, écrit-il à son frère (1), établit des batteries, comme s’il voulait nous battre en brèche; cela devient fol à force d’être autré. » Si le Roi ne pensait pas à assaillir son adversaire, ce dernier était encore moins disposé à tâter le camp prussien, dont l'emplacement avait été admirablement choisi, et dont on pouvait dire que « la nature s'était complue à faire une place de guerre d’un terrain qui ne devait être qu'un champ labouré. »
Pendant que les commandants en chef se surveillaient l’un l'autre sans en venir à une rencontre, au delà de l'Oder, et sur les rives de la Wartha, il y avait eu une succession de marches et de contre-marches exécutées par l’armée de Dohna et par celle des Russes. Wobersnow qui commandait l'avant-garde prussienne, après une reconnaissance où il s'assura que toutes les forces de Soltikotr étaient concentrées à Posen, dut renoncer à une attaque qui ne présentait aucure chance de succès. Dohna, avec le gros, se porta sur la Wartha, aux environs d'Obornik, dans l'espoir que les Russes, pour recouvrer leurs communications avec les places de la Vistule, abandonneraient leur position actuelle. Cette attente fut trompée; le 7 juillet, Soltikoff déboucha de Posen où il laissa ses gros bagages, et couvert par un rideau de cosaques, gagna Tarnowo et Winskowice, où il se trouvait plus rapproché de l’Oder que son adversaire. En agissant ainsi, et en sacrifiant pour le moment sa base de ravitaillement, le général russe prouvait
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(1) Frédéric à Henri. Schmottseifen, 16 juillet 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 407.
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