‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 333 sur 361 · CHAMP DE BATAILLE DE PALTZIG · texte numérisé non relu

CHAMP DE BATAILLE DE PALTZIG

de Tettau, fait (1) des incidents de la matinée la description suivante : « Toute l’armée, excepté les 4 régiments, sous les ordres uu lieutenant général Mordwinoff,.… arrivait durant la nuit, et les deux chefs, ayant encore reconnu si l'ennemi n'avait pas changé sa position, nous firent faire un quart de conversion à droite et marcher le long des montagnes, jusqu'au village de Paltzig, en decà duquel ‘’on s'arrêta, et ayant remarqué que l'ennemi marchait aussi sur le penchant des montagnes opposées, on fit placer quelque artillerie sur une hauteur devant notre droite, d'où l’on incommodait sa cavalerie qui couvrait ses colonnes. »

Les deux armées étaient séparées par un vallon marécageux d’une largeur variant de 300 à 600 mètres, dans lequel un petit affluent de l'Oder élargi de temps en temps son cours, pour former des étangs ou retenues d’eau alimentant les moulins de la contrée. Sur ce ruisseau, se succédaient les ponts du village de Nickern, de la Eichmühle, du village de Glogsen et de la Heidemübhle, ce dernier servant à la grande route de Posen à Zullichau et Crossen. Au nord, et sur la rive droite, s'élève entre le cours d’eau et les chaumières de Paltzig la chaîne des hauteurs dont parle Tettau. Ce fut sur ces mamelons que les généraux russes rangèrent leurs troupes, quand ils eurent deviné les intenticzs offensives des Prussiens. La première division, dont Fermor avait pris le commandement depuis son. remplacement dans les fonctions de général en chef, composait la droite; elle s'appuyait sur la route de Crossen défendue par une batterie et un fossé que Fermor y avait fait creuser ; 2 régiments étaient repliés en équerre, parallèlement à la chaussée. La deuxième division, celle de Villebois, s’alignait au centre devant le village de Pal-

(1) Journal des campagnes de 1758-60; Major v. Tettau. Archives de l'Élat-major général, Berlin, XXVII n° 71

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tzig, enfin le corps d'observation, sous le prince Galitzin, Ê formait la gauche et surveillait les abords de Nickern.

j L'infanterie de la droite et du centre était en deux lignes, | |. ë, celle de la gauche en une seule; la cavalerie était sur les

ailes ou dans les intervalles; la grosse artillerie était répartie en 8 groupes sur le front de bataille. Déduction

k faite de la garnison de Posen et des deux brigades Fast

| et Mordwinow, laissées à Goltzen pour la garde des bafl gages, ou en marche pour rejoindre, l’armée de Soltikoff

comptait 54 bataillons, 34 escadrons, 7 à 8.000 cosaques

et irréguliers et 186 canons, y compris les pièces des régiments, soit environ 46.000 combattants (1) dont 34.000 fantassins. A ces forces, les Prussiens étaient à même d'opposer 30 bataillons et 67 escadrons, soit près de 30.000 effectifs, dont 20.090 infanterie; en artillerie ils étaient très inférieurs aux Russes.

Wedell commenca la matinée du 23 juillet par une reconnaissance, pour laquelle il se fit accompagner de deux régiments de dragons, de tous ses hussards et de quelque infanterie; il parait ne pas s’ètre douté du proche voisinage de l'ennemi, ni de ses projets aggressifs. D'ailleurs il ne pouvait découvrir le gros de l’armée russe, dont la forêt qui s'étend derrière Paltzig lui dérobait la vue; mais soupçonnant d'après les nuages de poussière un mouvement de leur part, il se mit à la recherche d’une nouvelle position pour ses propres troupes. Il était encore à cette besogne, quand vers 11 heures, le canon de la batterie que les Prussiens avaient dressée sur la colline de l'Eichberg, entre Kaltzig et Schünborn, l’avertit qu’on était déjà aux prises de ce côté. Wedell s’empressa de ren-

(1) Masslowski évalue l’armée russe à 40.000 hommes, mais il ne compte les 54 bataillons qu'à 520 hommes; ces chiffres semblent trop faibles. Tettau donne pour son régiment (2 bat.) pendant l'action une perte de 763 tués et blessés, ce qui suppose, vu les circonstances, un effectif bien supérieur aux chiffres de Masslowski.

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trer au camp, où il trouva son monde sous les armes. Il devenait évident que les Russes cherchaient à se glisser entre lui et l’Oder. Pour déjouer cette manœuvre, il lui fallait s'emparer de la route de Crossen, qui servirait de débouché à Soltikoff, et partant livrer la bataille que lui prescrivaient les instructions royales. Le dictateur s'arrêta à ce parti, et résolut de combattre les Russes sur un terrain qu’il n'avait pas pu parcourir, et dont il ne soupçonnait pas les difficultés.

Ses dispositions furent aussitôt prises : L'avant-garde de cinq bataillons sous le général Manteuffel, Ja division Hulsen de mème force et la cavalerie de l'aile gauche, traversèrent le village de Kay et se dirigèrent sur la Gross ou Heidemühle; # bataillons étaient destinés à une attaque de flanc; le centre, conduit par Kanitz, devait franchir le ruisseau en amont, tandis que la droite, composée uniquement de cavalerie, essaierait de passer à Nickern ; enfin, Wobersnow, avec 6 bataillons et 8 escadrons, était en réserve. L'affaire débuta par une démonstration de la cavalerie de droite, dans la direction de Nickern, que fit échouer la nature marécageuse du terrain, tout autant que les projectiles des batteries russes ; pour empêcher une nouvelle tentative de ce côté, les cosaques incendièrent le village et détruisirent le pont.

Vers deux heures, la canonnade (1) s’étendit sur toute la ligne; malgré le feu des défenseurs, les Prussiens se formèrent à l'abri des bois qui bordaïent les deux rives du ruisseau et, poussant à travers le marais, commencèrent, vers trois heures et demie, l’attaque de la droite de Soltikoff, Ce derrier, assisté de Fermor, avait eu tout le loisir de faire ses préparatifs. Dans les rangs moscovites

(1) Le récit de la bataille est tiré de Masslowski; de la Geschichte des Sie benjährigen Krieges. Berlin, 1828 ; de la relation du colonel saxon Riedesel. Zeilschrift für Kunst, etc. Berlin, 1855, du journal de Tettau, du rapport de Mesnager, etc., etc. Voir la carte à la fin du volume.

ou ne prévit pas d’abord une action sérieuse : « On désigna, écrit Tettau, les endroits où nous devions prendre notre camp, ne croyant pas que l'ennemi s’approcherait trop pour en venir aux mains aujourd'hui. La chaleur était excessive, et déjà on fit couper le blé sous nos pieds, pour en donner à nos chevaux, et pour faire un vide à dresser nos tentes. » Mais Fermor n'avait pas été tromp: par la tranquillité de la matinée; il avait placé ses batteries sur et à côté de la grande route, de manière à prendre l’assaillant de front et en écharpe au débouché des bois qui frangeaient la base de la position russe. Cependant une circonstance favorisait l'attaque : à partir d'Eichmühle et devant le centre de Paltzig, le ruisseau fait un coude vers le sud jusqu'au confluent du petit cours d’eau de Kay, pour gagner ensuite sa direction primitive. Le renflement de la rive droite qui épouse les sinuosités du vallon, constitue ainsi un promontoire de forme triangulaire, dont le sommet touche au pont de la grande route à Grossmiübhle, et l’un des côtés longe un marais à peu près infranchissable. Ce promontoire avait été laissé en dehors des lignes russes, et quoique balayé par leur canon, offrait, grâce aux bouquets de bois dont il était semé, des facilités au déploiement des colonnes prussiennes. Pour parer à cet inconvénient, le général Volkonsky vint occuper la partie saillante jusqu’à la lisière du bois avec « le premier régiment de grenadiers, celui de Sibérie, un bataillon de Perm, et le régiment d'Uglitz. » Ce furent ces unités qui recurent le premier choc et éprouvèrent les plus grandes pertes ; aussi emprunterons-nous quelques détails de la bataille au récit très mouvementé du major von Tettau, qui servait au régiment de Sibérie.

L'attaque du général prussien se ressentit du défaut de reconnaissance ; elle se fit successivement, sans ensemble, et avec un décousu qui ne fait pas honneur au tacticien responsable. Manteuffel qui avec l'avant-garde devait don-

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