ATTAQUES DE MANTEUFFEL ET HULSEN
ner le premier n'eut pas plus de succès qu'à la bataille de Zorndorf; ses bataillons franchirent le ruisseau et se portèrent en avant, appuyés par leurs canons de campagne et quelques grosses pièces qu’on avait amenées à la rive sud du vallon de Glogsen; mais écrasés par le feu supérieur des batteries russes, découragés par la blessure de leur chef, ils reculèrent en désordre, sans avoir abordé l'adversaire. Wedell, qui montra dans la journée autant de bravoure que peu de capacité, sans attendre le concours du détachement chargé d’agir sur le flanc droit des Russes, fit appel aux troupes de soutien commandées par Hulsen. Laissons la parole à Tettau : « Le bois épais nous empècha de les voir (les Prussiens) avancer; nos batteries en arrière de nous sur la hauteur principale ne discontinuaient pas à tirer, malgré le feu que l’ennemi y fit, mais celle d’en bas... fut rendue inutile par l'infanterie prussienne qui s'était glissée sans ètre aperçue dans le bois, et tirait d’abord tous les canonniers qui n'y prenaient pas garde, et faisaient un feu effroyable de front, sans voir qu'on les rassommait de derrière les broussailles... Ces gens (les Prussiens) sortaient courbés du bois, comme des chasseurs, mais sans perdre un moment, ils avançaient d'une mine hardie et fière sous un feu si supérieur à celui qui leur était opposé, que dans fort peu de temps le régi-
ment d'Uglitz, le bataillon de Perm, et le second de Si-
bérie lâchaient pied. » Pris en flanc par les Prussiens qui, embusqués dans un chemin creux et cachés derrière les arbres, le fusillaient à 30 pas de distance, l’autre bataillon de Sibérie recula à son tour; il fut sauvé de sa position critique par le régiment de Nissowsky, de la seconde ligne, qui chassa l’assaillant du bois et vint boucher la trouée dans la première ligne des Russes. D'autre part Soltikoff, voyant que l'effort des Prussiens visait presque exclusivement sa droite, l'avait renforcée de 2 régiments d'infanterie empruntés à l'aile gauche. L'action continua
avec fureur ; tous les bataillons de la gauche prussienne s'engagèrent à l'exception de la réserve de Wobersnow. « L'infanterie prussienne, raconte Tettau, avait fait des efforts pour renverser quelques bataillons du corps de Galitzin, (tirés par Soltikoil de sa gauche) qui lui disputaient le passage par l'intervalle du bois, d’où elle fut soutenue toutes les fois qu'elle commençait à plier; il me semble que je l’ai vu revenir quatre fois à la charge: la batterie d'en haut les empêcha trop. Enfin, leur cavalerie tenta une attaque. »
C'était la division de Wobersnow qui entrait en ligne; mais contrairement à ce qui s'était passé pour les assauts antérieurs, la cavalerie y prit une large part. Les 15 escadrons de Schorlemmer quittèrent la route « Grossmübhle, descendirent la rive droite du ruisseau, traversèrent le bois marécageux parallèle à la grande route, se formèrent en bataille, malgré les difficultés du terrain, et se lancèrent contre l'extrême droite des Russes. Cette explication donnée, continuons notre citation : « Quelques escadrons de Schorlemmer percèrent furieusement le régiment d’infanterie de Kiew (1), entamèrent mème la réserve, renversèrent quelques cuirassiers de Kiew, mais le lieutenant général de Demicow (2) arrivait avec quelques escadrons de cuirassiers du régiment de S. A. I. fort à propos; ils (les Prussiens) furent ramenés rudement et furent régalés par le feu de la seconde ligne dont le brave général Demicow fut tué. Ils repassèrent néanmoins par le ventre de la première ligne, bien qu’elle les recut la bayonnette au bout des fusils, et furent reconduits par nos escadrons jusqu'à
(1) Tettau doit faire erreur; il n'y avait pas de régiment d'infanterie du nom de Kiew, dans l’armée de Soltikoff. Riedesel cite le régiment Kyan, comme très éprouvé par la charge de la cavalerie prussienne. Peut-être s'agit-il du régiment Wjatka, qui se trouvait dans cette partie du champ de bataille.
(2) Demicoude, officier d'origine suisse qui s'était distingué à la bataille de Zorndorf.