JONCTION DE LAUDON AVEC LES RUSSES
du souverain, faisait défaut chez eux. Soltikoff, un peu hésitant d'abord, semble depuis son départ de Posen n’avoir eu qu'un but, la jonction avec les Autrichiens; après sa victoire à Paltzig et son arrivée à Crossen, à ce premier objectif, il en avait ajouté un second, la marche sur Berlin. Le colonel saxon Riedesel était bien l'interprète de la pensée de l'état-major russe, quand il exprimait à Brubl (1) l'espoir de dater bientôt ses lettres de la capitale. Aussi fut-ce une déception générale quand Laudon, dans l’entrevue qu'il eut avec Scltikoff, le 2 août, fit part du retour en arrière de son collègue Hadick, sur le bruit d'une opération combinée du roi de Prusse et du prince Henri contre le maréchal Daun, et sollicita l'envoi de 30.000 hommes au secours de ce dernier. À défaut de ce détachement qui lui fut refusé, Laudon chercha (2) à persuader au général en chef de faire passer son armée sur la rive gauche de l'Oder. Soltikoff ne voulut rien écouter; Laudon continua sa marche, et vint camper le 3 août aux environs de Francfort; le lendemain il recut les généraux rss avec tous les honneurs dus à leur rang, et leur fit inspecter ses troupes, fortes de 14.000 fantassins, k.500 cavaliers et #2 canons. La faiblesse comparative du corps autrichien fut un motif de désappointement pour les Russes qui avaient compté sur les 45.000 hommes et le parc d'artillerie dont avaient parlé les premiers messagers. Malgré les politesses respectives et les coups de canon avec iesquels on avait salué le général en chef, il n'y avait entre lui et Laudon que peu de sympathie (3). Celui-ci avait, il est vrai, indisposé les Russes en émet-
(1) Riedesel à Bruhl. Crossen, 31 juillet 1759. Zeitschrit für Kunst, etc.
(2) Masslowski prétend que le but réel de ces propositions était de permettre à Zaudon d'arriver le premier à Francfort. Les dates de l'itinéraire du général autrichien ne se prêtent guère à cette insinuation.
(3 Mesnager à Belleisle. Francfort, 9 août 1759. Archives de la Guerre, 3920,
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tant la prétention de partager de compte à demi avec eux la contribution en argent dont ils avaient frappé la ville de Francfort, et d’avoir son lot dans les approvisionnements capturés. Quant à entrainer les Russes sur la rive gauche de l’Oder, il fallut y renoncer; aussi les Autrichiens firent-ils traverser le fleuve « à leurs bagages (1), mulets et femmes en grand nombre », et vinrent-ils camper eux-mêmes à la droite de la cavalerie russe, un quart de mille en decà de la ville. | Pendant les jours suivants, les Russes et leurs alliés furent employés à fortifier les hauteurs de Kunersdorf, sur lesquelles ils étaient établis. On traça des lignes, creusa des fossés, construisit des batteries, coupa des arbres pour en faire des abatis, en un mot on se prépara à bien recevoir le Roi, dont les cosaques et les pandours signalaient à tout moment le voisinage. Il y eut des escarmouches entre les cavaleries rivales; il y eut même échange de bons procédés. Frédéric ayant appris qu’un sous-officier russe, placé avec quelques dragons comme sauvegarde dans un village de la région, avait été blessé et pris par des hussards prussiens, lui rendit sa liberté après avoir fait passer par les baguettes, en sa présence, les soldats coupables. Entre temps, les alliés essayaient de s'entendre sur la conduite ultérieure des opérations. Lié par ses instructions qui le subordonraient dans une certaine mesure au commandant en chef des Impériaux, reconnaissant d’ailleurs que le mauvais état de ses chevaux et de ses équipages lui interdisait un mouvement en masse sur Berlin, Soltikoff consentit à écouter les propositions que Daun lui transmettait, par l'entremise de Laudon et de Springer, pour la coopération des deux armées. En concordance avec ces vues, il fut résolu, dans un conseil de guerre (2) tenu
(1) Journal de Tettau.
(2) Relation des opérations de l'armée combinée à la bataille de Francfort. Archives de l’Etat-major général. Berlin, XXVILI, n° 408.
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