FORCES RESPECTIVES DES COMBATTANTS
Ajoutons, pour l'intelligence de l’ar‘on, que l'intervalle entre les deux lignes oscillait, d’après le terrain, de #00 à 700 mètres. Retenons également que Kunersdorf, situé à l'origine des ravins qui dévalert vers le marais, est en contre-bas d'une vingtaine de mètres par rapport au Spitzberg, enfin que la différence de niveau entre le plateau de Kunersdorf et la plaine de l'Oder varie de 25 à 49 mètres.
Quelles étaient les forces respectives des armées en présence ? Presque tous les écrivains sont d'accord pour évaluer celles des Prussiens entre #8 et 50.000 hommes. Défalcation faite des bataillons affectés à la garde des ponts, Frédéric put mettre en ligne environ 46.000 combattants (1), dont 35.000 fantassins et 11.000 cavaliers; son artillerie, en outre des 112 pièces régimentaires, comptait 114 canons de parc, quelques obusiers, et les 6 pièces de la batterie à cheval. Dans l'armée royale, si la quantité était respectable, la qualité, fort inégale selon les éléments auxquels on avait eu recours, laissait à désirer. Les divisions de Finck, du prince de Würtemberg, l’ancien corps du prince Henri, excellentes troupes, animées du meilleur esprit, rompues aux fatigues, venaient de montrer leur endurance dans les marches forcées qu’elles avaient fournies pour arriver sur l'Oder; elles avaient leurs cadres à peu près complets. Il n’en était pas de même de l’armée de Wedell, qui entrait pour 19.000 hommes dans l'effectif total, et dont l’infonterie avait été fort éprouvée par trois mois d'étapes et de combats; sa défaite récente, en ravivant les souvenirs de Gross Jacgerdorf et de Zorndorf, avait porté atteinte à son moral. Frédéric qui n’avait aucune confiance dans ces bataillons recrutés pour la plupart dans la Prusse orientale et auxquels, dans sa correspondance intime, il donne le surnom de « Baerenhau-
(1) Y compris la brigade Wunsch, forte de près de 3.000 hommes, laissée sur la rive gauche de l'Oder, qui prit part à l'affaire en s’emparant de la ville de Francfort.
ter » (1), les avait distribués de manière à les mélanger aux détachements plus solides venus de Saxe ou de Silésie. Cette mesure, bonne à certains égards, avait l'inconvénient grave de mettre à la veille de la bataille, sous les ordres de divisionnaires et de brigadiers nouveaux, des unités dont ils ignoraient le fort et le faible.
Aussitôt la concentration opérée, le Roi avait fait de ses forces la répartition suivante : une avant-garde de deux brigades, composée de 8 bataillons de grenadiers, tirés, à l'exception d’un seul, des meilleurs contingents de l’armée ; le gros de l'infanterie formé comme d’habitude sur deux lignes, chacune divisée en deux ailes, la première ligne de 22 bataillons commandée par les généraux Wedell et Hulsen, derrière celle-ci, la seconde ligne de 15 bataillons provenant en grande majorité des vaincus de Paltzig, conduite par Kanitz et Itzenplitz; enfin un corps, dit de réserve, de 8 bataillons et de 35 escadrons sous les ordres de Finck. Le reste de la cavalerie, 55 escadrons, était attaché au corps de bataille et servait sous Seydlitz, le prince de Wurtemberg et Platen.
Les Autrichiens comptaient 14 bataillons de réguliers, 5 de Croates, 14 compagnies de grenadiers et 6 régiments de dragons et hussards, en tout un peu plus de 18.000 hommes; la plupart des Croates restèrent sur la rive gauche de l'Oder. En ce qui concerne les Russes, il est beaucoup plus difficile d'estimer leur nombre, les auteurs qui ont traité la matière ayant varié dans leurs calculs depuis 42.000 jusqu'à 62.008 hommes. Dans l’armée rassemblée à Kunersdorf, figuraient les brigades Mordvinow et Fast qui n'avaient pas pris part à la bataille de Paltzig; grâce à leur présence et à la venue de quelques autres renforts, Soltikoff disposait de 32 régiments fournissant 68 bataillons (2) et 36 escadrons de cavalerie régulière; les effec-
(1) Peaux d'ours; au figuré, paresseux, fainéants. (2) Masslowski parait avoir compté deux fois le régiment Wjatka, dont un
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