LES PRUSSIENS DÉPASSENT LE KUH GRUND
jusqu'à la butte du Spitzhberg, et se seraient rendus momentanément m‘itres de cette clef de la position. Si le fait est exact, ce dont il est permis de douter, elle ne resta pas en leur possession, et fut réoccupée par les régiments moscovites du centre et de la droite.
En dépit du succès obtenu, les soldats prussiens, malgré leur discipline et leur endurance, se montraient de plus en plus las; éprouvés par des étapes presque ininterrompues, ils n'avaient goûté depuis deux jours qu’un repos insuffisant; sur pied dès deux heures du matin, en marche ou au combat depuis treize heures par une chaleur torride, ils montraient des signes visibles d’épuisement. Était-il raisonnable d'exiger d'eux de nouveaux efforts, ou fallait-il se contenter des résultats d’ailleurs fort satisfaisants déjà acquis? Plusieurs généraux étaient de ce dernier avis, et l'un d'eux, Finck, le dit au Roi avec beaucoup de franchise : « La victoire était gagnée, il suffisait de se maintenir sur le terrain conquis, pour décider l'adversaire à abandonner la partie et à évacuer, pendant la nuit, ce qui lui restait encore de sa position. »
Mais Frédéric, qui visait l'anéantissement de l’armée austro-russe et qui comptait la culbuter dans l'Oder, ne voulut pas écouter ces sages conseils, et donna l'ordre de poursuivre la lutte pour la conquête du plateau tout entier. A ce moment de l’action, les généraux alliés avaient conservé bien peu d'espoir (1) d'éviter la défaite. « IL était quatre heures et demie, dit la relation autrichienne (2), quand toutes les apparences commencèrent à nous persuader l'affaire presque désespérée... car plus de la moitié du champ de bataille, et bonne partie du canon russe étaient dans les mains de l’ennemi. » D’après le même do-
(1) Riedesel à Bruhl. Relation de la bataille. Zeitschrift für Kunst, etc. Berlin, 155.
(2) Relation de la bataille du 12 août. Archives de la Guerre. Vienne.
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cument « le soleil, le vent, la fumée et une poussière infinie qui existe dans un terrain aussi sablonneux que celui-ci, empêchaient de voir à la distance de trois pas » et constituaient un avantage pour l'assaillant. Il avait fallu retirer l'an après l’autre des hauteurs du Tiefe Weg les régiments autrichiens Laudon et Baden, dont le premier avait perdu, en trois quarts d'heure, 30 officiers et plus de 500 hommes tués ou blessés, et dont le second n'avait guère été mieux traité. D'après le récit de Bolotow (1), Soltikoff lui-même aurait été si découragé qu'il se erait mis à genoux devant ses troupes et aurait imploré l'aide de Dieu pour détourner un désastre qui paraissait alors imminent.
Toutefois leurs craintes sur l'issue de l'affaire n’empêchèrent pas Soltikoff et Laudon de prendre toutes les mesures possibles pour mettre terme aux progrès de l’armée prussienne, Aux régiments encore intacts de Rumjanzew, qui étaient massés sur le Spitzherg, vinrent s'ajouter successivement le deuxième échelon de la division Villebois et la brigade de Berg qui appartenait à la division Fermor. Sur la crête qui domine le Tiefe Weg, le barrage humain que formaient ces troupes fut prolongé par trois régiments autrichiens, appelés de l'extrême droite pour remplacer leurs cimarades. De son côté, le commandant de l'artillerie russe, Borosdin, accumula sur la butte du Spitzherg et sur cette partie du plateau tout le matériel dont il disposait encore; pièces régimentaires, canons lourds, obusiers du nodèle Schouvallow, tout fut amené sur la nouvelle base de résistance. D'ailleurs l'approche de cette formidable barrière empruntait à la nature du terrain des difficultés particulières. Du village de Kunersdorf à la naïssance du Tiefe Weg, il y a à peine 500 mètres, aussi était-il impossible sur un front si étroit d'appliquer la méthode favorite du Roi, l'attaque en échelons ou en lignes. Les
(1) Récit cité par Laubert, p. 80.
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