ASSAUTS DU SPIT/BERG
corps qui accouraient au feu ne pouvaient se déployer et n'avaient d'autre ressource que de se masser derrière les premiers combattants, dont ils triplaient ou quadruplaient la profondeur. Dans les amas d'hommes ainsi entassés, les boulets russes ouvraient à chaque coup des percées sanglantes.
De l'autre côté de Kunersdorf, entre ce village et le Spitzberg, il y avait un peu plus d'espace, mais les déclivités nues qui s'y déroulent sur une longueur de près d’un kilomètre présentaient pour la défense les avantages d'un glacis naturel, et offraient à l'artillerie moscovite un admirable champ de tir. Aux abords du Spitzberg, tous les élans de l'infanterie prussienne allaient se briser, comme, un siècle plus tard, ils devaient échouer sur les pentes de Saint-Privat.
C'est contre cette position redoutable que Frédéric tenta un suprème effort, qui devait décider le sort de la bataille. Pendant que la droite continuait à se fusiller avec les Autrichiens sans pouvoir prendre pied sur le coteau qui domine le Tiefe Weg, la gauche prussienne mettait tout en œuvre pour emporter le Spitzherg. « À peine notre infanterie, relate une des narrations (1), avait-elle dépassé le village de Kunersdorf, qu'elle recut un feu de mitraille épouvantable; il en résulta un tel désordre dans nos bataillons, qu'ils se pelotonnèrent sur une profondeur qui atteignait jusqu'à 10 rangs, et restèrent ainsi exposés au feu sans qu'on essayât de leur faire reprendre leurs formations ou de les retirer de la zone de feu. » C'est ainsi que la brigade Knobloch et celle de la seconde ligne qui lui servait de soutien, tout en se maintenant péniblement en avant des ruines de Kunersdorf, ne purent déboucher sur le plateau qui fait suite au village.
Le Roi disposait encore, comme réserve d'infanterie,
(1) Relation appartenant à la collection du duc de Brunswick, citée par Laubert.
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