FRÉDÉRIC A RECOURS A SA CAVALERIE
il n'y avait plus de formations; tout ce qui faisait encore le coup de feu était réparti en pelotons de 10 à 12 hommes de profondeur. »
Force fut de renoncer à enlever le Spitzherg par un assaut direct; réussirait-on mieux par une attaque de flanc? Depuis quelque temps déjà, le Roi, plein des souvenirs du rôle glorieux joué à Zorndorf par sa cavalerie, avait demandé à Seydlitz si l'heure n’était pas venue d la faire entrer en scène. Retenu lui-même au Kuhberg d'où il surveillait les progrès de la droite, il ne pouvait se figurer les obstacles qui s’opposeraient, au delà de Kunersdorf, à l'action de ses escadrons. Au cours de l'après-midi, Seydlitz était allé auprès du souverain, lui avait rendu compte de la situation et l'avait supplié de se contenter des résultats obtenus. Frédéric était resté sourd à cette prière, comme il l'avait été au conseil de Finck, et Seydlitz dut retourner au mamelon, qui depuis lors rappelle son nom, et prendre ses dispositions pour l'attaque. Une blessure grave qu'il reçut vers ce moment l’empêcha d'en surveiller l'exécution, et priva les escadrons prussiens d’un chef dont le coup d'œil et la confiance qu’il savait inspirer auraient été indispensables pour mener à bien une entreprise des plus épineuses. Pour se porter au delà des étangs, la cavale’ie se heurta aux mêmes difficultés que l'infanterie au débouché de Kunersdorf. Les deux principaux lacs, le Dorfsce et le Blankensee, ne sont séparés l’un de l’autre que par une langue de terre, large d'environ 250 mètres, et coupée par le fossé qui sert de déversir au Dorfsee, dont le niveau est légèrement supérieur. L'étroitesse de terrain ne permettait le passage qu'à deux escadrons de front; aussi, pour se déployer, était-il nécessaire que les premières unités attenidissent les autres, et que la manœuvre fût accomplie sous le feu de l'artillerie ennemie. La charge s’exécutait-elle quand même, elle était arrêtée par les abatis, les trous de loup et autres
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travaux défensifs, dont les abords du Spitzhberg étaient semés. Il y eut des succès partiels, quelques pelotons pénétrèrent assez loin, comme le prouvèrent les cadavres de dragons et de cuirassiers prussiens ramassés le lendemain tout près de la butte; mais, dans son ensemble, l'attaque de la cavalerie sur le Spitzberg ne fut pas plus heureuse que celle de l'infanterie.
De leur côté, les bataillons russes, assemblés autour du mamelon, souffraient eux avssi du feu de la batterie du Seydlitzherg et d'une autre qui avait été établie à l'est et sur la berge du Blaukensee. « L’artillerie nombreuse de l'ennemi, écrit le major Tettau, tirait pendant tout ce temps et des grands chemins (de Drossen) et des hauteurs des abatis, et jetait sans cesse des bombes, ainsi que sans la situation avantageuse du terrain que nous occupämes, nous aurions perdu une infinité de monde, même dans les régiments les plus éloignés. »
Le combat, qui eut pour théâtre le plateau ineliré care le Spitzherg et les étangs de Kunersdorf, ne fut pas le seul auquel prit part la cavaieric royale: au cours de l'après-midi, avait eu lieu sur la droite une attaque du prince de Wurtemberg, racontée (1) par Goetzen. Cet officier qui servait d'adjudant au Roi, porta l'ordre au priuce de gagner avec une partie de ses cavaliers le bas des prairies à l'orée de l'Elsbusch, et d'essayer de prendre à dos les défenseurs des hauteurs qui bordent le ravin dr. Tiefe Weg. Wurtemberg qui était de retour de son mouvement manqué dans la forêt de Francfort et dont les escadrons, rangés à la lisière du bois, étaient en butte aux projectiles ennemis, ne se fit pas prier; il défila par le Becker Grund, fit le tour du Mühlberg, et avec Goetzen, se mit à la recherche d'un endroit où il fût possible d’escalader la pente.
(1) Gœlzen. Anecdoten zur Balaille bei Kunersdorf. Archives de l'Etatmajor général. Berlin, XXVII, 408.