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L'ANGLETERRE PROPOSE A FRÉDÉRIC UN TRAITÉ DE SUBSIDES

du roi de Prusse pour reprendre le contact avec la cour de Versailles, avaient éveillé et entretenu des soupçons, d’ailleurs justifiés, sur la confiance que chacune des parties pouvait avoir dans son allié. Ce fut, on se le rappelle, la victoire de Rossbach qui eut le triple résultat de relever le moral de Frédéric, d'atteindre profondément le prestige des Français et de permettre la répudiation de la capitulation signée par l'infortuné Cumberland. Son père, le roi George, était d'autant plus enclin à se lier au sort de son neveu, que les succès inespérés de ce dernier lui fournissaient l’occasion de se venger de l'humiliation infligée. La nomination du prince Ferdinand de Brunswick au commandement de l’armée confédérée, l’engagement de ne pas traiter sans un accord préalable, avaient été les premiers symptômes de rapprochement. De son côté, Frédéric, qui avait épuisé presque toutes ses ressources (1) qui se voyait privé, par l'invasion, d’une fraction importante de ses revenus, sentait la nécessité d’avoir recours à l'or britannique qu'il avait d’abord dédaigneusement repoussé. Pendant sa marche sur la Silésie, à la veille de la bataille décisive qu'il allait livrer, soit par calcul, soit par un sentiment chevaleresque dont n'était pas dépourvu ce caractère parfois sec et positif jusqu’à la dureté, le Roï avait ajourné l'examen du traité qu'on lui proposait de Londres. Après la pataille de Leuthen et la prise de Breslau, il consentit à renouer la conversation. Le 22 décembre 1757, iloldernesse expédia à Mitchell (2) un projet de convention aux termes duquel l'Angleterre versait un fort subside au roi de Prusse, mais déclinait toute coopération à la guerre continentale, soit par l’adjonction d’un corps anglais à l’armée du prince Ferdinand, soit par l'envoi d’une escadre dans la Baltique. Par contre, sans rien stipuler de précis dans le

(1) Koser. « Die preuszischen Finanzen im siebenjäühringen Kriege. » (2) Holdernesse à Mitchell, 22 décembre 1757. Newcastle papers, 32876,

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texte, on demandait au Roi la pr‘messe verbale d’un renfort de 12.000 hommes destiné à rejoindre au printemps les troupes confédérées. Cette insistance pour obtenir de la Prusse, en ‘aveur de l'Électorat, un concours militaire dont l'Angleterre se refusait à accorder la réciprocité, offusqua singulièrement Frédéric. Étranger aux rouages du régime parlementaire, il ne comprenait pas pourquoi le souverain qui réunissait sur sa tête les dignités d'Électeur du Hanovre et de roi de la Grande-Bretagne, ne pouvait pas affecter à la défense de ses possessions continentales tout au moins un détachement des troupes si libéralement offertes pour la guerre d'Amérique ou pour les entreprises coloniales; et pis encore, si pour des raisons d'ordre intérieur le cabinet de Londres ne voulait pas participer à la défense du Hanovre, ne faisait-il pas preuve d’égoisme cynique en s'adressant, pour cet objet, à lui qui luttait péniblement contre les puissances dont le but avoué était son abaissement et la ruine de ses États?

Dans de longues dépêches à Holdernesse (1) et à Newcastle (2), le ministre britannique accrédité auprès de Frédéric rend compte des obstacles inattendus qu'il rencontre de la part du Roï. « Les arguments dont je me suis servi, écrit-il, ont été surtout tirés de la nature de notre gouvernement ; ils n'ont pas eu pour résultat, je dois l'avouer, l'impression que j'eusse désirée; mais il ne faut pas s'étonner que des considérations de ce genre ne produisent pas sur un prince armé de pouvoirs despotiques l'effet qu’elles eussent eu sur tout homme ayant le bonheur de vivre sous le régime de la liberté. » C’est en vain que l'Anglais assure que les articles critiqués n’étaient dictés par aucun sentiment de méfiance à l'égard

(1) Mitchell à Holdernesse. Secret. Breslau, 9 février 1758. Record Office.

(2) Mitchell à Newcastle. Breslau, 9 février 1758. Newcastle Papers. British Museum.

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