FRÉDÉRIC REFUSE LES SUBSIDES ANGLAIS
de Sa Majesté prussienne ; Frédéric laisse dire sen interlocuteur, mais persiste dans son attitude : « Je préfère ne pas mêler l'argent à l'affaire; je n'ai jamais recu de subsides de France au temps de notre alliance et je ne voudrais pas vous être à charge. Mes affaires sont en meilieur état qu'il y a quelque temps; peut-être pouriai-je me passer d'aide financière. »
Un tel désintéressement était trop insolite pour ne pas causer à Mitchell un étonnement mêlé de quelque inquiétude; il fit observer au Roi que l'accord sur le principe du secours n'entrainait pas l'obligation d'en toucher le montant intégral. À cette invite peut-être trop commerciale, Frédéric répondit en affirmant sa répugnance à encaisser des subventions dont l'octroi autorisait les donateurs à assumer des airs de supériorité qu'il ne pourrait pas endurer, et l'impossibilité de faire pour l'envoi de troupes des promesses qu'il ne serait pas sûr de tenir. L’envoyé, de plus en plus déconcerté, conçut des soupçons sur les motifs secrets qui devaient inspirer une conduite aussi extraordinaire ; il s’en ouvritun peu naïvement aux ministres Eichel et Finkenstein, qui s’efforcèrent de le rassurer sur la loyauté de leur maitre. Sur leur conseil, il revint, bien inutilement, à la charge. Frédéric, tout en continuant à repousser l'idée d'aide pécuniaire, déclara qu’il n’en remplirait pas moins ses engagements vis-à-vis de l'Angleterre et qu'il apporterait au roi George le concours que Jui permettraient ses propres circonstances. Le pauvre Mitchell devient de plus en plus perplexe. Le refus si fier et, disons-le, si quichottique qu'il venait d’essuyer et dont ilne trouvait aucun exemple dans l’histoire, s’expliquait d'autant moins que les embarras financiers de la Prusse étaient indéniables : la perte de revenus due à l'occupation par l’ennemi d’une partie du territoire, les besoins toujours croissants de l’armée, avaient nécessité la réduction des traitements et pensions des employés civils et obligé d’a-
= em En nn mes
SE
on
mt
voir recours à l'émission de papier monnaie. Pour sortir de l'impasse, ne serait-il pas possible de se passer du consentement de Frédéric et de lui faire voter par le Parlement, à titre gracieux et en sa qualité de défenseur de la cause protestante et de la liberté de l'Allemagne, une somme égale ou même supérieure à celle qui avait été prévue dans le projet de traité? « Sa Majesté prussieune, ajoutet-il, est trop honorable pour toucher un shilling de la subvention à moins d'y être absolument forcée, et dans ce cas, nous aurions tout intérèt à la lui accorder pour notre sûreté et pour celle de l'Europe. »
Était-ce amour-propre, désintéressement ou comédie ? Quelle que fût la véritable raison de l’attitude du Roi, il faut reconnaitre qu’il mit ses actes en harmonie avec ses paroles. Il prescrivit à son envoyé (1) Michel « de ne pas procéder de votre part, ni à conclure ou à signer cette convention ni sur ce qu'il faut pour toucher les subsides, jusqu'à un nouvel ordre exprès de ma part pour y procéder ».
Quand ces dépêches parvinrent à Londres, elles contribuèrent à aigrir ls dissentiments qui existaient déjà au sein du cabinet. Pitt, très mécontent de Mitchell qu'il rendait responsable de l'échec des négociations et de l’intransigeance du roi de Prusse, demanda le rappel du diplomate : « J'aime à parler franc, écrit-il à Newcastle (2); André Mitchell n’est pas un imbécile et par conséquent il ne peut convenir comme représentant de notre politique
pour nos pourparlers avec la Prusse. Depuis longtemps j'ai une médiocre opinion de sa correspondance et... aujourd'hui je suis tout à fait convaincu que son action est néfaste au plus suprème degré : Il a instillé au roi de Prusse des idées qui seront la ruine de notre système ; son but, je le vois et je crois qu’il y a réussi, est
(1) Frédéric à Michel. Breslau, 25 janvier 1758. Correspondance Politique, vol. XVI, p. 199.
(2) Pitt à Newcastle, 28 janvier 1758. Newcastle Papers, vol. 32877.
Er WW Obs