‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 97 sur 361 · LE ROI GEORGE REPOUSSE LA NEUTRALITÉ DU HANOVRE · texte numérisé non relu

LE ROI GEORGE REPOUSSE LA NEUTRALITÉ DU HANOVRE

aux exigences de son service en acceptant, comme cela ressort de vos lettres, l'idée fâcheuse et erronée que la

politique du cabinet actuel signifiait désintéressement des affaires du continent et indifférence à l'égard de la situation malheureuse de l'Allemagne. » A ce blâme injustifié, (| Mitchell répliqua (1) par quelques mots pleins de dignité et de réserve. Tout en se vengeant sur l'envoyé de ses embarras, le cabinet de Londres commençait à renoncer à l'espoir d’un accord avec son susceptible allié. Newcastle (2) ne voyait que deux solutions : demander au Par- | lement les crédits nécessaires pour l'armée du Hanovre et une provision pour les besoins de Frédéric, en prenant acte des déclarations de ce prince, ou abandonner la partie, arrêter les frais en Hanovre et laisser au roi électeur le soin de défendre ses possessions continentales. Newcastle n'hésite pas à se prononcer pour la première de ces alternatives, mais 1l a soin d’insinuer que tous ses collègues du ministère ne partagent pas son opinion.

Entre temps, le roi George, d'accord avec ses conseillers britanniques, venait de confirmer, en ce qui concernait l'Électorat, sa politique belliqueuse. Les projets de neutralité ‘| du Hanovre, remis sur le tapis par Kaunitz au lendemain | du désastre de Leuthen et adoptés par Bernis, avaient pris corps et s'étaient enfin traduits sous la forme d'une offre d'intervention que la cour de Danemark avait fait parvenir à la régence du Hanovre. Dans une réunion tenue le 9 février à Stade (3), le conseil privé examina la suite à donner à cette ouverture qui visait la conclusion d'une paix particulière entre le roi George, traitant comme Électeur d'une part, la France et l'Autriche de l’autre. A vrai dire, le moment paraissait mal choisi pour une négociation de

(1) Mitchell à Holdernesse. Breslau, 12 mars 1758. Prussia. Record Office. (2) Newcastle à Hardwicke, 26 février 1758. Newcastle Papers, vol. 32878. (3) Procès-verbal de la réunion du conseil privé. Stade, 9 février 1758. Newcastle Papers.

ce genre; on était à la veille de la reprise des hostilités; on s'était concerté à cet effet avec le roi de Prusse et on attendait l'arrivée d’une brigade de sa cavalerie pour entrer en campagne; enfin le langage de George avait été trop énergique et était de trop fraiche date pour qu’on pût espérer un retour favorable à l'entente partielle. Néanmoins, un des conseillers, M. de Schwichelt, opina pour la paix particulière, « comme l'unique moyen de suuver ces pays-ci de leur ruine éternelle ». Les autres membres furent d'avis de rejeter l'offre danoise ou d'en référer à Londres; ce fut dans ce dernier sens qu'on écrivit à Copenhague. La réponse du Roi (1) fut catégorique; il repoussa «les propositions telles que nous ne saurions y prèter l'oreille sans blesser notre dignité, nos engagements et nos intérêts »; et invita le ministère hanovrien, et plus spécialement Schwichelt, à ne plus écouter, sous peine de disgrâce, des ouvertures de ce genre. Les premiers succès de Ferdinand sur Clermont vinrent fort à propos consolider la fermeté du cabinet de Saint-James. « Puisse l'épée du prince Ferdinand, s’écriait Pitt (2) dans son langage emphatique, confondre l'amitié traitresse du pensionnaire français Bernstorf et la fourberie lettrée du professeur de Stade! »

Mais si, à Londres, on était unanime pour rejeter toute idée de paix séparée, on l'était beaucoup moins sur les moyens de continuer la guerre. Aux yeux de Pitt, les prétendus besoins d'argent du Hanovre étaient exagérés et exigeaient des justifications. A l'appui de ses chiffres, Münchhausen (de Londres) avait fourni un mémoire (3) où il exposait la situation financière de son maitre; il rappelait les termes de la promesse faite par le cabinet anglais,

(1) Roi George au conseil de Régence, 22 février 1758. Newcastle Papers, 32878.

(2) Pitt à Newcastle, 28 février 1758. Newcastle Papers, 32878.

(3) Mémoire de Münchhausen, 20 mars 1758. Newcastle Papers, 32878.

Page 1