FORT DE CARILLON
tinue à y travaille” avec l’activité que j'y ai fait apporter pendant mes quinze jours. Ce fort est de pièces de bois sur pièces liées avec des traverses, et dont les intervalles sont remplis de terre. Cette construction est À l'épreuve du canon, et vaut à cet égard la maçonnerie et beaucoup mieux que la fortification en terre, mais n’est pas de durée. La position du fort est très bien pour être en première ligne à la tête du lac Champlain. Je l'aurais voulu un peu plus grand, capable de contenir 500 hommes, au lieu qu'il n’en peut contenir au plus que 300. Pour la connaissance du local j'ai fait deux longues courses à pied avec M. le chevalier de Lévis; je lui ai l'obligation d'une troisième, nécessaire pour connaitre une partie appelée le chemin des Agniers, dont tout le monde parle sans la connaitre. Il a été trois jours dehors, a couché dans les bois au bivouac. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d'officiers supérieurs en Europe qui soient dans le cas de faire de pareilles courses à pied. Je ne saurais, Monseigneur, vous dire trop de bien de lui; sans être homme de beaucoup d'esprit, il a une bonne pratique, du bon sens, du coup d'œil, et quoique j’eusse servi avec lui je ne lui aurais pas cru tant d’acquis. Il a mis à profit ses campagnes. »
Montcalm quitta Carillon, laissant le chevalier de Lévis avec trois bataillons de troupes de ligne, des détachements de marine, des miliciens et quelques sauvages, en tout 2,300 hommes, pour tenir tète aux Anglais du fort George (1). Le 21 juillet le général en chef s'embarqua pour le lac Ontario. « L'objet qui me fait passer à Frontenac est un projet qui m'a paru assez militaire, si toutes les parties du détail sont combinées, et je pars sans m'en ètre assuré ni convaincu. Il s’agit d'aller avec les trois bataillons de la Sarre, Guyenne et Béarn, placés à Frontenac et à Niagara, et quelques Canadiens débarqués près de
(1) Ou William Henri, sur le lac George.
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Chouaguen, pour en tenter le siège ou tout au moin re une diversion, M, le marquis de Vaudreuil, pendant mon absence, à donné beauccup d'ordres relatifs à cette entreprise dont le succès est de la plus grande importance. Je n'ai pas besoin de m’étendre sur toutes les difficultés de cette entreprise, qui n'est dans le fond entreprise que parce que l'on compte que l'ennemi n’a que 1,000 hommes dans cette partie, et que ce mouvement doit rappeler une partie des forces qui menacent Carillon. Je ne puis être que le 1°" août à Frontenac qui est à 80 lieues d'ici. Il faudrait pour la réussite un secret et une célérité qui ne sont pas les vertus de la colonie. Vous pouvez être assuré, Monseigneur, que je me livre à ce projet de bonne grâce. Plus de diligence de la part des ennemis peut, à mon arrivée à Frontenac, me forcer à manquer à ce grand projet, mais nous aurons fait une diversion. »
Le 29 juillet, Montcalm, qui n'avait mis que huit jours à remonter le Saint-Laurent en canot, parvint à Frontenac; il y trouva les bataillons de ligne et l'ingénieur Des Combles de retour d’une reconnaissance du fort anglais. Après un délai indispensable pour les ‘rniers préparatifs, l'expédition mit à la voile; la tra e du lac Ontario fut heureuse, et les troupes de Frontenac rejoignirent sans accident les contingents réunis à Niaouré sous les ordres de M. de Rigaud, frère du gouverneur. La petite armée française atteignait un effectif de 3,200 hommes. dont 2,000 réguliers, 1,000 Canadiens et 200 sauvages; le parc de siège se composait de 51 canons, obusiers et mortiers, y compris # pièces de campagne prises à la Monanghahela. On choisit pour point de débarquement une anse à une demi-lieue des postes britanniques.
Le vieux Chouaguen, ou Oswego, comme l'appelaient les Anglais, n'avait été primitivement qu'un comptoir pour les échanges avec les tribus indiennes; depuis peu l'édifice principal, espèce de château féodal à deux étages,
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